Leçons de vie

Gratuit ne veut pas dire bon marché

La culture de marché remarque bien ce qui porte une étiquette de prix, et moins bien ce qui ne devient visible qu’une fois perdu. L’air, la confiance, la langue, la sécurité et le temps peuvent n’avoir aucun prix affiché, mais ils ont assurément un coût.

  • l’air ;
  • le sommeil ;
  • la santé, tant qu’on l’a ;
  • la langue ;
  • la confiance ;
  • l’amitié ;
  • la sécurité ;
  • la possibilité de sortir dans la rue ;
  • le temps passé auprès d’un proche.

C’est précisément pour cela qu’on les ignore facilement. La facture n’arrive qu’après la perte.

Le gratuit, pourtant, n’existe pas toujours sans dépense. Un parc doit être entretenu. L’amitié demande du temps. L’air pur se fabrique par des restrictions, des technologies et le travail de gens dont les noms n’apparaissent généralement pas à l’horizon.

Tout ce qui est immatériel n’est pas irréel.

L’État, l’argent, l’université, l’entreprise et le mariage existent grâce à une reconnaissance commune des règles. La frontière n’est effectivement pas tracée sur le sol par la nature. Mais la franchir peut changer les impôts, les lois et la probabilité de croiser un homme armé en uniforme.

Les institutions créées par les hommes sont réelles par leurs conséquences.

Les symboles ne sont pas vides non plus. Un drapeau, un nom, un logo et une photo de famille n’ont pas grande valeur en tant que matière. Leur signification naît de l’histoire, de la confiance et de la mémoire collective.

La difficulté apparaît quand on attribue au symbole une valeur indépendante de ce qu’il y a derrière.

Une marque peut renseigner sur la qualité. Un diplôme, sur une formation suivie. Le nom d’une organisation, sur une réputation. Mais ces signaux exigent une vérification périodique. Le logo survit à la dégradation du produit plus facilement que l’acheteur.

Il est utile de distinguer :

  • le support matériel ;
  • la fonction ;
  • la valeur symbolique ;
  • la valeur juridique ;
  • le prix ;
  • la valeur personnelle.

Un passeport, c’est du papier. C’est aussi un document, un droit, un identifiant et la possibilité de franchir une frontière. La phrase « ce n’est jamais qu’un bout de papier » est en général prononcée par quelqu’un qui n’a pas besoin de visa en ce moment.

Le coût du gratuit se voit à l’instant où il s’épuise. Une cour dans laquelle les enfants circulent seuls ne coûte pas un centime aux parents — tant qu’elle est ainsi. Dès qu’elle cesse de l’être apparaissent un planning de qui dépose et qui récupère, le paiement de la garderie, et parfois une deuxième voiture. Rien de neuf n’a pourtant été acheté : une chose pour laquelle personne n’émettait de facture a cessé de fonctionner, et il a fallu remplacer sa fonction par des pièces payantes.

D’où une conséquence désagréable pour n’importe quel budget — familial ou municipal. Il montre non pas ce qui compte, mais ce qui est déjà cassé au point qu’on a commencé à payer pour cela. Tant que la ligne de dépense n’est pas apparue, tout a l’air gratuit.