Leçons de vie

Un adulte à qui l’on peut parler

La morale enfantine propose deux règles simples : tout raconter à ses parents, ou ne jamais trahir un secret confié. Une situation dangereuse demande un autre critère — trouver un adulte réellement capable de protéger.

Ainsi, la demande de cacher aux adultes :

  • un rendez-vous ;
  • un attouchement ;
  • une substance ;
  • une menace ;
  • une photo ;
  • une dette ;
  • un acte qui fait peur ou qui fait mal,

doit mettre en alerte.

L’adulte fiable n’est pas forcément un parent.

La plupart des parents veulent le bien de leur enfant, mais certains ne savent pas réagir sans danger. Ils peuvent être agressifs, dépendants, contrôlants, ou participer eux-mêmes à ce qui se passe.

Il faut donc non pas le principe « raconte toujours à tes parents », mais celui-ci :

Ne reste pas seul avec un secret qui te rend vulnérable.

On peut en parler :

  • à un autre membre de la famille ;
  • à un enseignant ;
  • à un médecin ;
  • au psychologue scolaire ;
  • à un entraîneur ;
  • au parent d’un ami ;
  • à un service social ou d’urgence.

Si la première personne n’a pas aidé ou n’a pas cru, cela ne veut pas dire que le problème n’existe pas. Il faut s’adresser à quelqu’un d’autre.

Le conseil parental n’a pas non plus de priorité automatique. Les parents connaissent l’enfant, les conditions familiales et une partie du monde mieux que lui. Dans d’autres domaines, leur expérience peut être périmée ou inapplicable.

Un bon conseil résiste aux questions :

Pourquoi pensez-vous cela ?

Quelles conséquences voyez-vous ?

Qu’est-ce qui changerait votre avis ?

Existe-t-il une autre source ?

Avoir sa vie suppose de l’intimité. Un adolescent, comme un adulte, n’est pas tenu de diffuser sa position en continu.

Cela dit, pour un rendez-vous avec un inconnu, un déplacement, une randonnée ou toute situation potentiellement risquée, il est utile que quelqu’un de fiable sache :

  • où vous allez ;
  • avec qui ;
  • quand vous comptez rentrer ;
  • comment vous joindre ;
  • à partir de quand donner l’alerte.

La géolocalisation peut être un outil de sécurité volontaire. Elle ne doit pas devenir une autorisation permanente de contrôler la vie d’autrui.

La fiabilité d’un adulte se teste sur des vétilles bien avant la conversation grave. Comment réagit-il à une tasse cassée, un téléphone perdu, une mauvaise note, un blouson abîmé ? Si, sur un petit ennui, il crie, se vexe ou se met à raconter combien c’est dur pour lui, on ne viendra pas le voir avec du gros. L’enfant, à ce moment-là, n’évalue ni l’amour ni les intentions, mais le coût du message : qu’est-ce que ça va me coûter d’annoncer une mauvaise nouvelle à cette personne.

D’où le revers pour les adultes. La liste de ceux à qui l’on peut parler n’est pas dressée par eux, mais par ceux qui parlent, et elle est dressée à l’avance, sur des broutilles. La réaction à une tasse cassée est un entretien d’embauche pour le rôle de la personne à qui l’on viendra un jour avec du vrai.