Leçons de vie

Un rêve avec sa comptabilité

Un rêve est utile comme direction. Le plan commence là où apparaît un prix.

Pour transformer une envie en projet, il faut savoir :

  • quel résultat concret on vise ;
  • ce qu’il faut au départ ;
  • quelles étapes existent ;
  • combien de temps et d’argent seront nécessaires ;
  • qui doit participer ;
  • quels risques peuvent arrêter le travail ;
  • quel sera le premier résultat vérifiable.

La comptabilité ne tue pas le rêve. Elle montre quelle version du rêve tient dans la réalité.

Parfois, après calcul, le rêve devient plus petit et plus proche. Parfois, il s’avère que ce n’était pas le résultat lui-même que l’on voulait, mais le sentiment qu’on y associait : la liberté, le respect, le voyage, l’appartenance.

On peut alors chercher un autre moyen d’obtenir l’essentiel sans acheter tout le décor.

Un rêve sans plan reste un agréable cinéma intérieur. Un plan sans rêve devient un déplacement de ressources bien organisé. Ensemble, ils produisent parfois une vie.

Le rêve d’« ouvrir un petit café » ressemble sur le papier à ceci : le loyer, les travaux aux normes sanitaires, la hotte, le lave-vaisselle, l’acompte au fournisseur, deux mois de salaires avant la première recette — et quelqu’un derrière le comptoir dès six heures du matin, six jours sur sept. Après un tel calcul, il apparaît souvent que ce n’était pas un café qu’on voulait. On voulait nourrir des gens et les voir se régaler. Cela s’obtient par un dîner pour huit le samedi, et coûte à peu près mille fois moins cher.

La comptabilité n’annule pas le rêve, elle nomme le prix d’une version précise de ce rêve. Ensuite, on peut payer le tarif plein en connaissance de cause, ou prendre la part pour laquelle tout cela avait été entrepris.