Leçons de vie

Chantage et menaces

Le chantage fonctionne tant que garder le secret paraît plus important que n’importe quelle exigence.

La première concession clôt rarement l’affaire. Elle confirme que le levier marche. Après elle, le prix monte en général.

Il vaut donc la peine de briser l’exclusivité de l’information : s’adresser à une personne de confiance, à un spécialiste, à sa hiérarchie ou à la police, selon la situation. Il arrive que révéler un fait désagréable coûte moins cher que des années de peur pilotée.

Il n’en découle pas qu’il faille ignorer ostensiblement toute menace. Il faut évaluer :

  • si la personne est capable de la mettre à exécution ;
  • ce qu’elle y gagnerait et y perdrait ;
  • s’il existe des actes antérieurs ;
  • si elle a accès à vous ;
  • si des preuves peuvent être conservées ;
  • qui prévenir ;
  • comment réduire votre vulnérabilité.

Les menaces creuses existent. L’erreur consiste à tenir pour creuse toute menace qui paraît désavantageuse. Les gens furieux, dépendants ou désespérés n’optimisent pas toujours les conséquences.

Conservez les messages, ne rencontrez personne seul, dites à d’autres où vous êtes, et demandez de l’aide avant le moment où les preuves disparaîtront.

La responsabilité de l’acte incombe à celui qui menace. La responsabilité de votre propre sécurité exige de prendre le signal au sérieux.

Le levier tient à une seule hypothèse non vérifiée : que la révélation détruira votre vie. Cette hypothèse, on ne la vérifie généralement pas, on la subit à trois heures du matin. Or le prix de la révélation peut se dire à voix haute : qui va concrètement l’apprendre, ce que cette personne dira, ce qui aura changé dans une semaine, dans un an. Il apparaît souvent que la liste est plus courte qu’elle ne semblait, que la moitié de ces gens ont vu pire, et qu’une conversation pénible occupe une soirée contre plusieurs années de peur pilotée.

Deuxième point : l’arithmétique des concessions. Le premier versement n’achète pas le silence, il achète la confirmation de votre solvabilité : on sait désormais que le mécanisme marche et combien exactement on peut vous soutirer. Ensuite, le prix n’est plus fixé par le secret, mais par ce savoir.