Leçons de vie

Le repos n’a pas à se justifier

La culture de l’efficacité exige que même le repos fasse progresser, impressionne et se rembourse en photos. Or un repos sans effort peut être un bon repos, si les forces reviennent vraiment après.

Parfois on a besoin d’une randonnée, d’un théâtre, d’un voyage ou d’un dîner entre amis. Parfois d’un canapé, du silence et d’une série qui ne développe aucune compétence.

La qualité du repos ne se mesure pas à la quantité d’organisation investie, mais à ce qui se passe après :

  • l’énergie est-elle revenue ;
  • la tension a-t-elle baissé ;
  • y a-t-il eu du plaisir ;
  • le rythme a-t-il changé ;
  • une fatigue supplémentaire est-elle apparue ;
  • l’évitement n’est-il pas devenu permanent.

Le repos actif donne effectivement souvent plus d’impressions et sépare mieux le jour de congé d’une soirée ordinaire. Mais sa préparation consomme des forces elle aussi. Quelqu’un qui a pris des décisions toute la semaine peut ne pas avoir envie, le samedi, de diriger une expédition de six personnes.

Le repos passif devient un problème quand il est choisi automatiquement et qu’il ne restaure rien. Trois heures de fil d’actualité peuvent laisser plus fatigué qu’avant le repos, alors que formellement on n’a rien fait de pénible.

Il vaut la peine d’avoir plusieurs régimes :

  • le repos complet ;
  • le mouvement ;
  • le changement d’environnement ;
  • la compagnie ;
  • la solitude ;
  • la fabrication de quelque chose ;
  • la consommation d’art ;
  • l’absence de programme.

Le temps libre n’est pas tenu d’être bien employé selon un standard extérieur.

Parfois, un repos bien organisé est une journée que personne n’a organisée.

La vérification est différée : non pas comment c’était dimanche soir, mais à quoi ressemble le mardi. Des vacances avec quatre villes en dix jours donnent beaucoup de photos et une sensation de densité sur place, mais au retour on met une semaine à se remettre au travail, ou on tombe malade aussitôt. Une semaine au même endroit, dont la moitié des jours sans programme, laisse moins d’histoires et plus de forces. La différence ne se voit qu’à distance ; évaluer un repos juste après, c’est à peu près comme juger un dîner sur une photo.

L’ennui, c’est que le mardi se convertit mal en conversation. Sur quatre villes, on a de quoi parler lundi à la machine à café ; sur une semaine au même endroit, rien. C’est là que le repos commence à s’ajuster au récit futur plutôt qu’à la fatigue.