Le repos sans livraison
Le culte de l’activité trouve le repos suspect s’il n’apporte ni progrès, ni expériences, ni nouvelle photo. Or il est impossible de travailler sans interruption : même si le corps reste à sa table, la qualité de l’attention baisse et les erreurs augmentent.
La pause doit venir avant l’arrêt complet du travail.
Et tout changement d’activité n’est pas du repos. Si, après un texte difficile, on ouvre un fil d’actualités, le cerveau continue de traiter de l’information, de basculer d’un objet à l’autre et de réagir. Le travail a changé de client, il ne s’est pas arrêté.
Après un effort intellectuel, récupèrent mieux :
- le mouvement ;
- l’eau et la nourriture ;
- le regard porté au loin ;
- le silence ;
- une courte promenade ;
- un geste manuel simple ;
- une conversation qui n’exige de résoudre aucun problème ;
- parfois, la simple absence de nouveaux stimuli.
Un film, un livre ou un jeu peuvent aussi faire un bon repos, mais plutôt après la fin d’une période de travail que dans une courte pause entre deux blocs difficiles. Sinon, les quinze minutes de repos ont pour habitude de lancer l’épisode suivant.
Le rythme de travail est individuel et dépend de la tâche. Une activité mécanique autorise de longues plages. Un apprentissage intensif, des plages plus courtes. Parfois il vaut mieux s’arrêter à l’heure, parfois à la fin d’une étape.
Ce qui compte n’est pas le régime idéal, mais l’observation de la qualité du travail :
- à quel moment les erreurs se multiplient ;
- quand la lecture cesse d’être assimilée ;
- combien de temps prend le retour à la tâche ;
- quelle pause restaure réellement ;
- à quel moment de la journée les tâches difficiles passent le mieux.
Le repos n’est pas une récompense pour épuisement. C’est l’entretien de l’outil avec lequel le travail se fait.
Affûter la hache est utile. Il ne faut simplement pas y passer la journée entière pour raconter ensuite que la forêt était trop grande.
Le test est simple : après la pause, a-t-on envie de revenir au travail, ou faut-il d’abord une pause après la pause. Vingt minutes de fil d’actualités donnent la seconde réponse — en ce laps de temps, on a lu sur une guerre, une promotion, le divorce de quelqu’un et trois opinions étrangères dont aucune n’exigeait de décision mais dont chacune exigeait une réaction. Vingt minutes dans la cour avec une tasse donnent la première, même si elles paraissent plus ennuyeuses et donc perdues.
L’ennui pendant une pause n’est pas un défaut de la pause, c’est son régime de fonctionnement. Un repos qui divertit continue de charger le même système que le travail. Un repos qui ne divertit pas le libère — et c’est précisément pour cela qu’il se supporte mal.