Leçons de vie

Difficile ne veut pas dire juste

Dans la morale ordinaire, la difficulté passe presque automatiquement pour une preuve de valeur. Une décision qui a coûté cher paraît plus honnête, et la souffrance donne du sérieux au choix.

Or la difficulté est un coût, pas un certificat de qualité.

Parfois l’action difficile est nécessaire : apprendre une langue, se remettre d’une blessure, mener une conversation désagréable, terminer un long projet. Parfois la difficulté vient de ce que la tâche est mal organisée, que l’outil ne convient pas, ou que la personne cherche à prouver le sérieux de ses intentions par la quantité d’inconfort.

Avant un itinéraire pénible, il est utile de vérifier :

  • si une étape superflue peut être supprimée ;
  • s’il existe une solution toute faite ;
  • si le service coûte moins cher que son propre temps ;
  • si l’on n’est pas en train de défendre des dépenses déjà engagées ;
  • si le résultat exige réellement ce sacrifice-là.

La voie facile n’est pas toujours la meilleure. Mais si deux voies mènent au même résultat avec le même risque, la douleur supplémentaire n’ajoute aucune valeur morale. Un escalier sert à monter. Faire trois fois le tour du bâtiment avant de monter n’a rien d’obligatoire.

Le penchant à confondre difficulté et valeur se voit très bien sur les meubles. Michael Norton, Daniel Mochon et Dan Ariely ont montré que les gens sont prêts à payer nettement plus cher une caisse qu’ils ont montée eux-mêmes que la même caisse livrée assemblée — et ils ont appelé cela l’effet IKEA. Le travail qu’on met soi-même dans un objet en augmente la valeur aux yeux de celui qui l’a fourni, mais pas aux yeux de l’acheteur.

Avec les décisions, c’est pareil. Un projet qui a coûté cher paraît plus important qu’un projet facile. Ce sentiment mérite le respect, mais pas une place dans le calcul : le marché, la famille et son propre avenir jugent le résultat, pas la quantité de nerfs dépensés.