Le groupe se décompose en personnes
Une hostilité collective ressemble à un mur d’un seul tenant. Dans l’échange personnel, le mur se décompose parfois en individus, chacun moins sûr de lui que le groupe dans son ensemble.
Une personne peut soutenir le ton général parce que : elle ne veut pas se distinguer, elle n’a entendu qu’une version, elle pense que les autres en savent plus, elle ne connaît presque pas personnellement l’objet de l’hostilité et elle craint de devenir elle-même une cible.
Un contact individuel peut modifier le tableau. Il n’est pas obligatoire de convaincre. Une action commune ordinaire suffit, dans laquelle les gens se voient hors du scénario de groupe.
Ce n’est pas un remède universel. Certains groupes sont réellement unis par un conflit durable, une concurrence ou un préjugé. Une conversation amicale isolée n’annulera pas une structure qui récompense l’hostilité.
En cas de harcèlement ou de discrimination graves, la tâche ne doit pas reposer entièrement sur la personne contre laquelle le groupe est monté. Elle n’est pas tenue de charmer tous les participants les uns après les autres.
Il reste utile de se rappeler : « tout le monde est contre moi » signifie parfois quelques personnes actives, quelques passives et une majorité qui n’a même pas décidé de ce qui se passe.
Le groupe parle fort. Tous ses membres ne parlent pas de cette voix-là.
L’action commune marche mieux que les explications. Un nouveau chef d’atelier accueilli avec méfiance par l’équipe ne changera guère les choses par un discours sur ses intentions. Cela change pendant l’équipe de nuit, quand la machine tombe en panne et qu’on voit qui reste jusqu’au bout. Une semaine plus tard, il apparaît que « l’équipe contre lui » se composait de deux personnes dont il avait pris la place et de tous les autres, qui n’avaient pas d’avis. Ils n’en avaient pas non plus avant la panne : simplement, il n’y avait personne pour le leur demander, ni de raison de le faire.
Le front de groupe tient à la faiblesse du coût d’entrée : soutenir le ton commun ne coûte rien, en sortir est déjà un acte. C’est pourquoi il se défait là où apparaît une affaire commune exigeant des actions précises de personnes précises.