L’environnement est plus fort que le caractère
On cherche d’ordinaire la motivation à l’intérieur de la personne et on explique sa présence par la force de caractère. Là, elle s’absente périodiquement sans donner de raison, tandis que l’environnement vote chaque jour pour certaines actions et contre d’autres.
L’environnement est plus fiable.
Il est plus simple de lire dans une bibliothèque que dans une pièce avec une télévision et quelqu’un qui discute au téléphone des travaux de son cousin. Dans un groupe où l’on a l’habitude de s’entraîner, il est plus facile de se mettre à bouger. Là où l’alcool accompagne chaque rencontre, refuser demande une décision distincte à chaque fois.
L’entourage n’influence pas seulement par la persuasion. Il définit ce qui compte comme normal, disponible et digne d’attention.
Si les gens autour :
- se plaignent en permanence ;
- tournent l’effort en ridicule ;
- encouragent une mauvaise habitude ;
- voient dans toute réussite une trahison du groupe ;
- exigent la participation à des conflits sans fin,
la discipline personnelle se dépense chaque jour à résister au décor.
Il n’en découle pas qu’il faille s’entourer exclusivement de gens qui réussissent et rompre avec tous ceux qui traversent une période difficile. Les gens ne sont pas des outils de motivation. L’amitié n’a pas à être rentabilisée par un gain de productivité.
Il est utile, en revanche, de repérer quels environnements soutiennent le comportement voulu et lesquels exigent une défense continuelle.
Parfois, on ne peut pas changer son entourage. On peut alors y créer des zones à part : un endroit défini pour travailler, du temps sans échanges, un groupe d’intérêt, une habitude partagée, un accord sur les limites et un environnement numérique sans provocations permanentes.
La volonté aide à remonter le courant. La raison propose parfois de sortir sur la berge et de faire une partie du trajet à pied.
Les grands changements se construisent donc plus raisonnablement par les conditions, la répétition et de petits préalables que par l’injonction de devenir immédiatement quelqu’un d’autre.
On ne peut pas choisir au réveil un autre tempérament, un autre passé ou un autre système nerveux. Mais on peut changer ses habitudes, ses compétences, son environnement, ses modes de réaction et les décisions qu’on prend dans les situations récurrentes.
Cela aussi change une personne — progressivement et sans proclamation solennelle d’une nouvelle identité.
Les grands changements se bâtissent plus facilement sur des préalables :
- supprimer une étape superflue avant l’action utile ;
- ajouter un obstacle avant l’action nuisible ;
- fixer une heure et un lieu ;
- préparer l’environnement ;
- rattacher la nouvelle action à une action existante ;
- suivre la répétition ;
- commencer par un volume tenable.
Au lieu de décider de « devenir sportif », on peut préparer ses affaires le soir et sortir vingt minutes le matin. Au lieu de « devenir organisé », remettre chaque jour les objets à une place définie. L’identité arrive souvent plus tard et déclare que tout cela était son idée.
Les rituels aident à réduire l’incertitude. Ce n’est pas le signe d’une incapacité à penser. La préparation chirurgicale, la check-list avant vol et l’ordre du soir existent précisément parce que la raison ne veut pas reprendre à zéro des dizaines de décisions identiques.
Le rituel devient un problème quand :
- il ne peut pas être modifié après un changement de conditions ;
- sa transgression provoque une angoisse disproportionnée ;
- la forme devient plus importante que le résultat ;
- il exige toujours plus de temps ;
- la personne cesse de comprendre sa fonction.
La maîtrise de soi reste utile, mais il ne faut pas la dépenser dans des épreuves qu’on peut retirer de l’environnement à l’avance.
En pratique, la maîtrise de soi dépend du sommeil, du stress, de l’habitude, de l’environnement, de l’état émotionnel et du nombre de décisions. Elle est tantôt plus forte, tantôt plus faible, mais l’idée d’une réserve unique qui se consommerait littéralement comme la charge d’une batterie est trop simple.
La conclusion pratique reste malgré tout raisonnable : ne pas se créer d’épreuves inutiles.
Si quelqu’un essaie de manger moins de chips, l’absence de chips à la maison est plus fiable qu’une victoire quotidienne sur un paquet ouvert. Si le téléphone gêne le travail, mieux vaut l’éloigner que faire preuve de caractère toutes les deux minutes.
Gérer raisonnablement ses désirs ne consiste pas à leur faire une guerre totale.
Le désir signale un besoin, un plaisir, une curiosité ou une habitude. Il n’a pas à être satisfait immédiatement, mais il ne devient pas non plus un ennemi du seul fait d’être apparu.
Entre l’impulsion et l’action, on peut insérer :
- une pause ;
- une question sur les conséquences ;
- une limite ;
- un substitut ;
- une dose plus faible ;
- un report ;
- un refus assumé.
Un désir satisfait libère effectivement souvent la place au suivant. On s’habitue à une nouvelle voiture, à une maison, à des vêtements, à un niveau de revenu. Cela ne rend pas le plaisir faux. Il devient seulement rarement un état permanent.
Le problème commence quand chaque nouvelle acquisition doit supprimer définitivement l’inquiétude. Aucun objet ne s’est engagé à faire ce travail.
Cela se voit bien chez ceux qui arrêtent de fumer. Celui pour qui la pause cigarette est le principal moyen de parler à ses collègues ne lutte pas contre la nicotine, mais contre la solitude de sa journée de travail. Tant que le choix se pose entre la cigarette et le caractère, il perd presque à tous les coups. Dès qu’il se met à sortir aux mêmes pauses sans cigarette, ou qu’il trouve un autre prétexte pour rester debout avec des gens, la tâche cesse d’être une épreuve de volonté pour devenir un déplacement de meubles.
D’où une conséquence vexante pour l’amour-propre : un changement réussi ne ressemble pas à un exploit, mais à une absence d’événements. Celui qui a déplacé son bureau, supprimé une application et passé un accord avec ses proches ne peut ensuite raconter aucune histoire de dépassement de soi. Il ne lui est simplement rien arrivé d’intéressant.