Leçons de vie

Un travail inachevé doit être sûr lui aussi

La culture domestique juge la sécurité au moment du travail actif : l’outil est éteint, le danger est terminé. Mais une construction inachevée, un récipient ouvert ou une protection démontée continuent d’agir après le départ de celui qui travaillait.

La peinture sèche. La pièce attend son remplacement. Le mur reste ouvert jusqu’au lendemain. Le chantier reprendra après le week-end.

L’état intermédiaire doit être sûr par lui-même.

On ne peut pas compter sur le fait que tout le monde se souvienne :

  • où le courant est coupé ;
  • quelle planche n’est pas encore fixée ;
  • ce qu’il y a dans le récipient ouvert ;
  • pourquoi il ne faut pas allumer l’appareil ;
  • où le carter de protection a été déplacé.

Mieux vaut supprimer physiquement le danger ; si c’est impossible, l’isoler et le signaler clairement.

Avant d’arrêter, il est utile de se demander :

Quelqu’un peut-il allumer, déplacer, prendre ou marcher dessus par accident ?

Que se passera-t-il cette nuit ?

Qu’y changeront les enfants, les animaux, la pluie ou le ménage ?

Serai-je capable demain de reconstituer le contexte ?

Après le travail, l’outil retourne à sa place, et pas pour l’esthétique de l’atelier. C’est ainsi qu’on voit que rien n’est resté dans le mécanisme, sur l’échelle ou dans l’herbe, où l’objet attendra un pied nu.

Le rangement est la dernière étape du travail, pas une discipline morale à part inventée par les parents.

L’état intermédiaire est dangereux parce qu’il n’est protégé que par la mémoire d’une seule personne. Tant que l’artisan est dans la pièce, une prise démontée, c’est « je sais qu’il y a des fils dénudés là ». Quand il part quarante minutes au magasin, ce n’est plus qu’un trou dans le mur à hauteur d’enfant, et aucune information à son sujet n’est restée dans la pièce. Du ruban isolant sur les fils, un mot sur le tableau électrique, une porte fermée : autant de façons de faire passer le savoir de la tête vers l’objet, où le verra celui qui n’a pas participé à la conversation.

Bon test avant de partir : imaginer que demain viendra ici quelqu’un qui ne vous a pas écouté. En général, c’est quelqu’un de la maison. Parfois, c’est vous — fatigué et convaincu de tout avoir en tête.