Leçons de vie

Les substances sans romantisme

La culture des jeunes et celle de la publicité décrivent les substances soit comme un billet pour la liberté, soit comme une chute morale immédiate. Pour la sécurité, ce n’est pas le symbole qui compte, mais la composition, la dose, les mélanges, l’état de la personne et l’accès aux secours.

Cette affirmation ne règle pas toutes les situations réelles. Les gens expérimentent, subissent des pressions, sont dépendants ou ont déjà consommé. La morale ne fait alors que réduire la probabilité qu’ils demandent de l’aide.

Un produit illégal inconnu ne peut pas être évalué de façon fiable d’après son aspect, son nom, sa forme ou les paroles du vendeur. L’origine végétale ne garantit pas l’innocuité. Une petite dose active ne rend pas la substance moins dangereuse : au contraire, une faible erreur de quantité peut avoir de grandes conséquences.

Le risque est particulièrement élevé quand la composition est inconnue, quand les substances sont mélangées et quand on consomme seul.

Si la consommation a tout de même lieu, les principales mesures de réduction des risques sont les suivantes :

  • ne pas rester seul ;
  • ne pas mélanger les substances, surtout avec l’alcool et les sédatifs ;
  • ne pas prendre le volant ;
  • ne pas avaler un comprimé inconnu sur sa seule apparence ;
  • connaître le numéro local des urgences ;
  • avoir accès à de la naloxone là où des opioïdes sont possibles ;
  • ne pas laisser seule une personne présentant des signes de surdose.

La naloxone peut inverser temporairement l’effet d’une surdose d’opioïdes, mais après son administration les secours restent nécessaires.

Accepter la substance proposée pour échapper à la pression n’est pas la meilleure issue. Cela peut créer un risque juridique et une possibilité de contrainte ultérieure.

Mieux vaut avoir un refus court prêt d’avance :

Non.

Je ne consomme pas.

Je n’ai pas le droit.

Je m’en vais.

L’explication n’est pas obligatoire. Celui qui n’accepte pas un refus est plus dangereux que le moment de gêne.

La dépendance n’est pas la preuve d’un caractère faible. C’est un état où l’on a particulièrement besoin d’aide professionnelle et de soutien, pas de honte supplémentaire.

Le plus souvent, on appelle les secours trop tard non parce qu’on ignore le numéro. Dans le couloir, une autre conversation se tient à voix basse : ce qui va arriver aux parents, à la fac, à l’appartement loué, qui sera prévenu et qui on retrouvera ensuite. Pendant que cette arithmétique se fait, l’état de la personne sur le canapé empire, et la seule grandeur absente du calcul, c’est le temps. C’est pourtant la seule qui agisse ici.

La conséquence pratique est ennuyeuse : convenir à l’avance de qui appelle les secours et à quel signe, avant que la soirée commence et qu’on se mette à discuter des conséquences. Une décision prise un jour calme n’oblige pas ensuite à vaincre la peur des autres et sa propre honte.