Leçons de vie

La joie, le bonheur et la capacité de choisir

La joie est un vécu. Le bonheur est une évaluation plus large de la vie. La liberté de choix en est une condition, mais pas la seule.

Dans une étude célèbre, Philip Brickman et ses collègues ont comparé des gagnants de grosses loteries, des personnes après un traumatisme grave et un groupe témoin. Les résultats se sont révélés plus complexes que le résumé populaire « tout le monde revient entièrement à son bonheur d’avant ». Les gagnants de la loterie ne sont pas devenus inconditionnellement plus heureux en tout, et les personnes paralysées conservaient la capacité d’éprouver du plaisir, mais leur bien-être ne rejoignait pas magiquement celui du groupe témoin.

L’étude est devenue un symbole précoce de l’adaptation hédonique — cette capacité à s’habituer au changement. Elle est considérable, mais pas illimitée. Les conditions de vie continuent de compter ; c’est simplement que le système émotionnel n’est pas tenu de conserver éternellement l’intensité du premier jour.

On peut maîtriser son avenir et rester seul, malade ou privé de sens. On peut avoir une liberté réduite par la famille, la maladie ou les circonstances, et tenir malgré tout sa vie pour bonne.

Sur le bien-être durable pèsent : la santé, les relations proches, la sécurité, un revenu suffisant, le sentiment d’avoir un sens, l’appartenance, la capacité d’agir et l’accord de la vie avec ses valeurs.

La maîtrise compte parce que l’impuissance épuise. Pouvoir agir sur son emploi du temps, son travail, son logement et ses relations rend la vie plus prévisible et permet de corriger ce qui va mal.

La maîtrise totale est cependant impossible. Chercher à l’obtenir devient soi-même une source d’angoisse.

Il est plus raisonnable de viser une autonomie suffisante :

  • avoir des options ;
  • garder une réserve ;
  • savoir refuser ;
  • participer aux décisions importantes ;
  • ne pas dépendre entièrement d’une personne ou d’une institution ;
  • accepter la part inévitable d’incertitude.

Le bonheur ne se confond pas avec un plaisir permanent. On peut être satisfait de sa vie et traverser du chagrin, de la fatigue ou de l’ennui.

Une bonne vie n’est pas tenue de procurer de bonnes sensations en permanence. Elle comporte parfois une action difficile, précisément parce qu’on a choisi quelque chose d’important.

L’adaptation se voit le mieux avec le logement. Emménager dans un appartement plus grand procure les premières semaines un plaisir quotidien : une pièce à soi, le silence, la vue. Trois mois plus tard, cela ne se remarque plus et devient un fond dont on ne parle même plus. Le déménagement inverse, en revanche, ramènerait la sensation immédiatement, avec le signe moins. L’amélioration a cessé de réjouir sans cesser d’agir : l’écart entre « je ne le remarque pas » et « je ne l’ai pas » demeure, il ne se signale simplement qu’à la perte.

C’est pourquoi le conseil « tu t’y habitueras de toute façon, alors ne cours pas après » est faux pour moitié. L’habituation au pire se produit aussi — et elle coûte en général plus cher que l’habituation au meilleur.