Leçons de vie

Le risque sans applaudissements

La culture du courage aime le risque quand il a fière allure, et la culture de la sécurité exige de l’éliminer entièrement. Il est plus raisonnable de distinguer le risque pris pour un résultat et le risque pris pour la sensation de danger elle-même.

Les jeux d’argent sont conçus pour que l’organisateur ait en moyenne l’avantage. Un individu peut gagner. Le système, lui, doit gagner sa vie sur le fait que la majorité des participants perd, au total.

Si le jeu sert de divertissement payant, la somme doit être plafonnée à l’avance et entièrement perdable.

Jouer l’argent destiné au logement, aux soins ou aux dettes, c’est miser non seulement de l’argent, mais la sécurité d’autrui.

Les activités dangereuses se distinguent elles aussi.

La moto offre effectivement moins de protection physique que l’automobile. Cela ne fait pas pour autant de chaque motard un retraité ridicule sorti d’une publicité. Les gens la choisissent pour la mobilité, l’intérêt, l’économie ou le plaisir.

Un choix raisonnable suppose de reconnaître le risque, pas de le nier par le style :

  • suivre une formation ;
  • utiliser un casque homologué et un équipement de protection ;
  • ne pas rouler après de l’alcool ou d’autres substances ;
  • tenir compte de la météo et de la visibilité ;
  • ne pas dépasser son propre niveau de maîtrise ;
  • ne pas transformer la route en preuve de courage.

Il en va de même pour la montagne, l’eau, la vitesse et les sports extrêmes.

La liberté de prendre des risques ne dispense pas de l’obligation de ne pas les transférer sur des gens qui passaient par là.

Les deux types de risque se distinguent par les dépenses consacrées à la partie ennuyeuse. Celui qui roule pour la mobilité achète un casque, un blouson avec protections, des gants et un stage de conduite d’urgence — des investissements invisibles de l’extérieur et qui n’impressionnent personne. Celui qui cherche la sensation investit dans le bruit de l’échappement. L’équipement fonctionne comme un signal précisément parce qu’il coûte cher, n’ajoute rien au spectacle et n’est acheté que par ceux qui comptent rouler longtemps.

En argent, la distinction est la même. La mise faite pour un résultat est plafonnée par la somme annoncée avant de commencer. La mise faite pour la sensation est plafonnée par le solde du compte, puis, une fois celui-ci épuisé, par le crédit disponible.