Apprendre d’un maître sans en devenir la copie
La culture de l’originalité exige qu’on ait d’emblée sa propre voix et regarde l’imitation avec méfiance. Or l’apprentissage commence presque toujours par la reprise d’une forme empruntée ; le problème apparaît quand on fait passer le résultat d’un autre pour le sien.
Le musicien rejoue les œuvres des autres. Le peintre étudie la technique des maîtres. Le programmeur lit le code des autres. L’écrivain sonne pendant un temps comme l’auteur qu’il vient de lire.
C’est une manière normale d’assimiler une forme.
Le plagiat commence là où l’on fait passer le travail d’un autre pour le sien, ou qu’on l’utilise sans autorisation ni mention de la source.
Les distinctions comptent : la copie d’exercice, la citation attribuée, l’adaptation, l’usage d’une méthode commune et l’appropriation d’un résultat précis.
Suivre l’exemple d’un maître reconnu est utile, mais insuffisant. Une copie dépend toujours d’une solution déjà trouvée. Pour aller plus loin, il faut comprendre pourquoi elle fonctionne, quelles limites elle avait et ce qui a changé depuis.
L’idée d’autrui ne devient pas non plus la propriété personnelle du premier qui l’a énoncée à voix haute. Beaucoup d’idées apparaissent indépendamment, et les méthodes communes appartiennent à la discipline.
L’honnêteté exige donc non seulement de citer l’auteur, mais aussi de ne pas lui attribuer plus qu’il n’a fait.
La « solution rapide » par copie est particulièrement dangereuse dans un travail dont le résultat doit être vérifiable. Un calcul, un texte ou un programme empruntés peuvent contenir des hypothèses qui ne conviennent pas au nouveau problème.
On peut copier la forme. La responsabilité de l’application reste à celui qui a appuyé sur le bouton.
Le cuisinier qui a refait le plat d’un autre en connaît la suite d’opérations, mais pas les tolérances. Il ignore que la sauce ne tient qu’avec une crème d’une certaine teneur en matière grasse et que le temps indiqué vaut pour un feu d’une autre puissance. Tant que les conditions coïncident, la copie fonctionne ; à la première déviation, il n’a rien pour la réparer, parce que l’auteur comprenait pourquoi il faisait ainsi, tandis que l’imitateur ne se souvient que du comment. Avec le calcul d’un autre, c’est pareil : il y est en général intégré une marge pour des conditions dont le calcul lui-même ne dit pas un mot.
La question à poser à tout emprunt est donc unique : qu’est-ce qu’on peut modifier ici. Celui qui n’a pas la réponse n’a pas repris une méthode, il a emprunté la chance de l’auteur.