Décider après refroidissement
Une émotion forte rétrécit le champ de vision.
Dans la colère, on voit l’injustice et presque pas les conséquences de la riposte. L’amour naissant montre les qualités et fait passer temporairement les défauts dans la catégorie des particularités charmantes. La faim transforme un magasin en exposition de produits d’urgente nécessité.
L’émotion ne rend pas une décision automatiquement mauvaise. Elle renseigne sur des valeurs et des besoins qu’un calcul sec peut manquer.
Mais mieux vaut séparer une action irréversible du pic émotionnel.
Une pause utile s’impose surtout avant de :
- envoyer une lettre furieuse ;
- rompre une relation ;
- faire un achat important ;
- accepter un engagement de longue durée ;
- accuser quelqu’un publiquement ;
- démissionner sans plan ;
- promettre ce qu’il sera difficile de tenir.
Le brouillon peut s’écrire tout de suite. Cela conserve la pensée et fait retomber une part de la pression. L’envoi, lui, se reporte.
La pause ne doit pas devenir un moyen de ne jamais parler de ce qui fâche. « J’attends que les émotions retombent » signifie parfois « j’espère que le problème disparaîtra tout seul ».
L’émotion mérite de l’attention. Le bouton « envoyer » relève d’une décision distincte. Après refroidissement, il vaut la peine de revenir au message et de vérifier :
- ce que je veux obtenir ;
- ce qui est un fait ;
- ce qui est une interprétation ;
- quelle part peut se formuler sans accusation ;
- quelle action est attendue de l’autre ;
- si je suis prêt à son refus.
Le procédé technique fonctionne mieux que les exhortations : la lettre s’écrit en entier, avec toutes ses formulations, et ne part pas avant le matin. Au matin, il apparaît que trois paragraphes sur cinq s’adressaient non au destinataire mais à soi-même, qu’un contenait un fait qu’il vaut effectivement la peine de communiquer, et un autre une menace que l’auteur n’avait pas l’intention d’exécuter. Part alors une version réécrite de six lignes, et elle marche mieux que l’originale. Le brouillon, lui, vaut la peine d’être écrit tout de suite et en entier, y compris la partie qui ne sera jamais envoyée : elle fait retomber la pression mieux que l’effort de se calmer.
Il est utile de vérifier l’inverse aussi. Si, vingt-quatre heures plus tard, le texte paraît tout aussi nécessaire et les formulations les mêmes, l’émotion n’était pas une gêne mais une information : elle a repéré la transgression avant le calcul.