Pas une formule de l’être humain
Le titre « L’amour : conditions applicables » doit se lire au pied de la lettre : les formules sur les relations ne fonctionnent que sous une certaine organisation du choix, de l’information et de la dépendance. L’ambition du livre est plus modeste que la promesse de calculer l’amour : examiner des probabilités, des incitations, des règles et des erreurs typiques, sans faire passer une moyenne pour une vie singulière. La statistique dit quelle issue se rencontre le plus souvent. Les conditions d’un modèle montrent où mène une organisation donnée, et leur correspondance à la réalité se vérifie à part. Une hypothèse évolutionniste propose une histoire de l’origine d’un trait ; on ne peut en déduire ni une fatalité ni une norme morale. Entre la mystique de l’être humain inconnaissable et le tableau qui prétendrait l’épuiser, il reste un vaste territoire de travail.
Chaque chapitre s’ouvre sur une formule qui paraît assez raisonnable pour qu’on lui fasse confiance. Parfois elle se révèle presque juste, parfois elle ne vaut que dans un ordre social disparu, parfois elle nomme le bon effet par la mauvaise cause, et parfois un stéréotype déplaisant survit à la vérification mieux qu’on ne l’aurait voulu — avec des limites plus étroites et sans conclusion morale commode. Après la vérification doivent rester une question plus précise et un jeu de variables sur lesquelles on peut effectivement agir. L’application de rencontres attend toujours à la première page. Les curseurs sont là, et ils ne sont pas inutiles : la distance existe, le rapport aux enfants compte, le tabac est bien réel. L’interface commode devient un problème quand on la prend pour la carte du désir lui-même. En amour, on peut mesurer beaucoup de choses ; la question est de savoir ce que mesure la règle qu’on a choisie.
Sources principales
Eastwick, P. W., & Finkel, E. J. (2008). Sex differences in mate preferences revisited: Do people know what they initially desire in a romantic partner? Journal of Personality and Social Psychology, 94(2), 245–264; Eastwick, P. W., Luchies, L. B., Finkel, E. J., & Hunt, L. L. (2014). The predictive validity of ideal partner preferences: A review and meta-analysis. Psychological Bulletin, 140(3), 623–665.
Avant la rencontre, il n’y a pas de relation, mais un problème de recherche : beaucoup de gens autour, peu d’information, et des préférences qui paraissent plus claires qu’elles ne le sont. Les métaphores de marché, les classements et les algorithmes sont ici particulièrement séduisants. Ils aident réellement à voir les contraintes — le cercle local, le temps, l’attention, le prix d’une tentative de plus — mais se mettent facilement à faire passer les contraintes de la recherche pour des propriétés de la personne.