La promesse comme dette
Une bonne réputation ne dispense pas d’accords clairs.
« Je vais essayer », « on verra » et « je le fais » désignent des degrés d’engagement différents. Le problème surgit quand celui qui parle emploie le premier et que celui qui écoute retient le troisième.
On ne devrait promettre que ce qui se trouve dans une zone de contrôle raisonnable. On ne peut pas garantir honnêtement l’absence de retard, de maladie ou de changement de circonstances. On peut promettre de prévenir, de se préparer et d’exécuter le volume de travail convenu.
La promesse d’autrui n’est pas non plus une ressource tant qu’il manque :
- une action claire ;
- une échéance ;
- une responsabilité ;
- une confirmation ;
- parfois, une garantie.
Cela ne veut pas dire que quiconque promet manipule. Les gens surestiment leurs capacités, oublient et espèrent sincèrement en une meilleure version d’eux-mêmes.
Plus un accord est important, plus il est utile de le consigner par écrit. Surtout avec les amis et la famille : la proximité augmente le nombre de conditions sous-entendues.
Un court message après la conversation règle bien des choses :
Ai-je bien compris : je fais ceci d’ici mercredi, vous envoyez les données lundi, le montant est celui-ci ?
Mettre par écrit n’exprime pas de la méfiance. Cela protège les deux mémoires de leurs créations ultérieures.
Mieux vaut confier la fiabilité à un système extérieur qu’aux bonnes intentions. L’agenda, les rappels, les listes et le prélèvement automatique existent parce que la mémoire ne considère pas les promesses comme une priorité biologique à part.
Se souvenir de l’anniversaire d’un proche est agréable. Programmer un rappel est plus sûr. La sincérité des vœux n’en souffre pas.
Ce sont les accords avec les proches qui coûtent le plus cher : on n’y formule pas l’évidence. Un ami fait des travaux « entre amis ». Le délai n’est pas nommé, le périmètre est décrit par les mots « clés en main », l’argent passe par acomptes et sans reçu. Trois mois plus tard, les deux parties se souviennent très sincèrement de versions différentes : l’un, que la remise payait la patience sur les délais ; l’autre, que le délai était approximatif parce que le prix était amical. Personne ne ment. C’est simplement que le contrat existait dans deux têtes, et dans chacune à sa manière.
Un court message après la conversation ne ressemble à de la méfiance qu’une seule fois : à la minute de l’envoi. Tous les mois suivants, il fonctionne comme une mémoire commune, et celui qui le consulte en premier est en général celui qui le trouvait superflu au départ.