La dignité hors barème
La hiérarchie est utile pour certaines tâches.
Sur un navire, au bloc opératoire et sur un site en avarie, on ne peut pas prendre chaque décision par vote général. Il faut des pouvoirs, une responsabilité et une chaîne de commandement claire.
Mais un poste décrit un rôle, pas la qualité d’une personne.
Un chef peut mieux voir la tâche d’ensemble et moins bien comprendre le travail concret. Un subordonné peut détenir un savoir rare et n’avoir aucun pouvoir de décision finale. Les deux positions sont nécessaires au système.
L’obséquiosité et le mépris apparaissent quand on transforme une hiérarchie de travail en barème de la valeur humaine.
Il faut maintenir un respect de base indépendamment du statut :
- ne pas humilier ;
- ne pas exiger d’allégeance personnelle ;
- ne pas tenir le personnel de service pour invisible ;
- ne pas confondre vêtements coûteux et compétence ;
- ne pas voir dans la pauvreté la preuve d’un vice.
Le respect n’est pas l’admiration. Il n’a pas à être mérité par des réussites éclatantes. C’est le régime par défaut de l’interaction, qui peut être restreint après un comportement nuisible.
Une personne à un poste élevé mérite les mêmes manières que les autres. Ni plus sacrées ni moins.
La vérification est simple : comment quelqu’un parle-t-il à ceux qui n’ont aucune influence sur sa carrière. Le chef d’atelier qui écoute le mécanicien lui parler d’un bruit bizarre dans un roulement apprend en général la panne un mois à l’avance. Celui à qui il en coûte d’accepter une correction technique venue d’en bas l’apprend par le rapport d’arrêt de ligne. Le mécanicien ne devient pas pour autant le supérieur : la décision d’arrêter la ligne revient toujours au chef d’atelier. Il la prend simplement en sachant, pour le roulement.
La hiérarchie détermine quelle parole est finale, pas quelle parole est juste. Là où ces deux choses sont collées ensemble, le système perd l’information exactement à l’endroit où elle naît — en bas, près des mains.