Le spécialiste n’est pas un oracle
La société oscille entre la confiance aveugle envers la personne diplômée et la fière croyance en sa propre recherche. Le spécialiste n’est pas un oracle, mais cela ne rend pas une opinion prise au hasard équivalente à une évaluation professionnelle.
Les spécialistes diffèrent par la formation, l’expérience, la conscience professionnelle et la capacité à expliquer. Certains ont tendance à se couvrir. Certains ont intérêt à vendre une prestation. Certains connaissent parfaitement leur sujet et comprennent mal votre problème précis.
Or la formule « ne fais pas confiance aux spécialistes » rend la personne dépendante du non-spécialiste le plus sûr de lui.
Il est plus raisonnable de vérifier :
- la formation et les habilitations ;
- l’expérience sur le problème précis ;
- l’indépendance ;
- l’explication de la méthode ;
- l’éventuel conflit d’intérêts ;
- les alternatives ;
- les garanties et la responsabilité.
Entre le spécialiste et le non-spécialiste sûr de lui, un troisième personnage est apparu : un système capable de parler avec la voix d’un spécialiste. Il peut aider à préparer des questions, à décoder un terme et à comparer des options, mais il n’en retire ni licence, ni accès à toutes les circonstances, ni responsabilité de la décision.
Une référence donnée par une IA exige la vérification ordinaire : la source existe-t-elle, est-elle à jour, concerne-t-elle le bon pays et confirme-t-elle réellement la conclusion tirée ? En médecine, en droit, en ingénierie et en finance, la fluidité d’une réponse remplace particulièrement mal la responsabilité professionnelle.
On peut consulter une IA. Mais elle reflète une image du monde qu’on lui a transmise et ne connaît pas votre situation concrète par une source indépendante. Plus le prix de l’erreur est élevé, plus il importe de passer de la conversation avec le modèle à une personne capable d’étudier les faits, de poser une question inattendue et de signer sa recommandation.
Un deuxième avis est particulièrement raisonnable quand :
- la décision est irréversible ;
- le prix est élevé ;
- le diagnostic ou l’évaluation prête à doute ;
- les spécialistes divergent ;
- on vous propose une prestation complexe et coûteuse ;
- la personne est incapable d’expliquer ses raisons.
Un troisième avis n’ajoute pas toujours de la clarté. Parfois il permet seulement de choisir la réponse qu’il est le plus agréable d’entendre.
La recommandation d’une connaissance est un bon moyen de trouver un candidat, mais pas une preuve de compétence. La connaissance juge de sa propre expérience, qui a pu être simple, chanceuse ou fondée surtout sur un contact agréable.
On peut recommander un spécialiste à condition d’énoncer clairement la limite :
Il a bien résolu ce problème chez moi. J’ignore dans quelle mesure il convient au vôtre.
C’est plus honnête qu’une interdiction totale de recommander et plus utile que la promesse que quelqu’un est « le meilleur en général ».
Il est plus utile d’évaluer non pas l’assurance, mais la façon dont la personne décrit les limites. « Probablement A ; si dans une semaine ça n’est pas passé, alors c’est B, et on fait ceci » est une construction vérifiable : elle a un délai, une condition et une étape suivante. « Tout est clair, on y va » sans réponse à la question « pourquoi » relève de la vente d’assurance, pas de la compétence. Le mécanisme est le même chez le médecin, l’avocat, le garagiste et le couvreur ; seul le prix de l’erreur change.
Il est judicieux de demander un deuxième avis avant que le premier ne se soit alourdi d’un acompte et d’un mur démonté. Et mieux vaut le demander à l’aveugle : un spécialiste à qui l’on annonce d’emblée la conclusion d’un autre la confirme plus souvent qu’il ne la vérifie.