Améliorer le silence
La société récompense la visibilité et prend volontiers le silence pour une absence de pensée. L’envie de parler arrive donc souvent avant le contenu de la réplique.
Nous parlons pour combler une pause, faire baisser l’angoisse, montrer que nous savons ou empêcher l’autre d’occuper toute l’attention. Une partie de la parole ne sert pas la conversation, mais l’état intérieur de celui qui parle.
Avant de prendre la parole, il est parfois utile de se demander :
J’apporte de l’information ?
Je précise ?
Je soutiens quelqu’un ?
Je fais avancer une décision ?
Ou je supporte mal le silence ?
Le silence n’est pas tenu d’être amélioré. Il peut être du repos, de la réflexion, ou la présence normale de deux personnes.
Cela dit, la règle « ne dis que ce qui vaut mieux que le silence » vire facilement au culte de la supériorité taciturne. On ne parle pas seulement pour l’utilité. Les blagues, les souvenirs et le bavardage sans objet créent de la proximité. Les gens ne sont pas des canaux d’information tenus de justifier chaque unité transmise.
La formule « tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous » est raisonnable au commissariat et bien trop sombre pour un petit-déjeuner entre amis.
La prudence est de mise là où la divulgation coûte cher : dans une négociation, dans un conflit, devant un public inconnu, sur un réseau public. Dans les relations proches, le contrôle permanent de chaque phrase tue précisément la confiance pour laquelle la relation existe.
Il ne s’agit pas de parler le moins possible. Il s’agit de savoir où vous êtes, avec qui, et pourquoi vous ouvrez la bouche.
Cela se voit surtout en réunion, après une question dont personne n’a la réponse. Une pause de cinq secondes est vécue comme un échec, et quelqu’un finit toujours par parler — non parce qu’il sait, mais parce que le silence dans une pièce où se trouve le chef ressemble à la défaillance personnelle de quelqu’un. Ensuite on discute de ce qui a été dit, pas de la question posée. Cinq secondes de silence coûtent moins cher que quarante minutes de discussion sur la première hypothèse venue.
Celui qui sait tenir ces cinq secondes obtient d’ordinaire une meilleure réponse — parfois de lui-même. Le silence dans une conversation est rarement vide : le plus souvent quelqu’un y réfléchit, et c’est exactement cela qu’on interrompt.