La vie vaut plus que les biens
La morale des catastrophes dit : les choses ne valent rien, seule la vie compte. Dans un choix direct, c’est vrai, mais la maison, les papiers et l’épargne contiennent de la sécurité, de la mémoire et des années de travail ; aucune formule bien tournée n’annule cette perte.
Une maison, une voiture, des papiers, une épargne se reconstituent. Une personne, non.
Cela paraît évident jusqu’au moment où il faut quitter la maison, l’entreprise ou la ville dans laquelle on a investi l’essentiel de sa vie. Les biens cessent alors d’être de simples objets. On y trouve la mémoire, la sécurité, le statut et la preuve de décennies de travail.
L’ordre « ne regrette pas le matériel » est donc bien facile à donner de l’extérieur.
Tout perdre peut être traumatisant et laisser des suites longues. La reconstruction ne suit pas un calendrier moyen unique. Le revenu, la santé et le sentiment de sécurité d’avant peuvent ne jamais revenir.
Mais devant une menace vitale, il est utile de connaître à l’avance l’ordre des priorités :
1. les personnes ;
2. les médicaments et les moyens de survie ;
3. les papiers et les données, si on peut les prendre sans risque ;
4. les biens.
La préparation réduit le prix d’une décision urgente :
- des sauvegardes ;
- une liste de documents ;
- une assurance ;
- un sac d’urgence ;
- des contacts ;
- une petite réserve financière ;
- la connaissance du chemin de sortie.
On s’attache d’autant plus aux objets qu’on les croit irremplaçables. La copie d’une photo, l’assurance de la maison et les documents sauvegardés n’annulent pas la perte, mais ils réduisent le pouvoir des biens sur la décision.
Être prêt à partir n’oblige pas à attendre la catastrophe tous les jours. Il suffit de ne pas construire sa sécurité de telle sorte qu’il faille risquer sa vie pour son symbole.
Être prêt à partir bute plus souvent sur les papiers que sur l’attachement. On s’attarde non pour les meubles, mais parce qu’on ne sait pas où est le titre de propriété, où est le contrat d’assurance, ni si les photos prises à l’époque de l’argentique existent encore. La recherche prend des heures dont, dans le mauvais scénario, on ne dispose pas. Une heure passée à l’avance sur une liste et des copies supprime l’essentiel de ce retard et diminue au passage le poids des biens dans la décision.
Ensuite joue une chose simple : ce qui est copié est plus facile à laisser. L’attachement à un objet tient en grande partie à son caractère irremplaçable, et une part de ce caractère se retire techniquement — avant qu’il faille décider vite.