L’amour sans dépendance hiérarchique
La culture romantique aime les histoires où l’amour triomphe des asymétries de fonction, d’âge et d’argent. Dans la réalité, la dépendance mélange le consentement à la peur des conséquences.
Sont particulièrement risquées les relations en situation de forte dépendance :
- chef et subordonné ;
- enseignant et étudiant ;
- médecin et patient ;
- personne dépendante financièrement et personne qui contrôle l’argent ;
- personne qui décide du logement, des papiers ou de la carrière de l’autre.
Même avec un intérêt réciproque sincère, le consentement se trouve mêlé à la peur des conséquences. Si la relation prend fin, la dépendance, elle, demeure.
Dans le choix d’un partenaire, il est utile de regarder non seulement l’intensité du sentiment, mais aussi la compatibilité dans la vie ordinaire :
- peut-on négocier ;
- comment la personne se comporte en conflit ;
- tient-elle ses engagements ;
- est-elle capable de prendre soin ;
- comment traite-t-elle les plus faibles ;
- les vues sur l’argent, les enfants, la fidélité et le quotidien coïncident-elles.
La question « aurais-je envie de voir cette personne comme parent de mes enfants ? » est utile même sans projet d’enfants. Elle éteint pour un moment l’éclairage de fête et allume un jour ordinaire.
Cela dit, on peut être un partenaire excellent et ne pas convenir à la parentalité. La question reste donc un outil, non un examen à réponse unique.
Ces relations se testent non pas au sommet, mais sur une fin imaginaire. Si un couple « supérieur et subordonné » se sépare, l’un des deux reste sous les ordres de l’autre : congés, missions, prime et attestation de départ demeurent entre des mains étrangères. Et celui qui s’en va n’est en général pas celui qui détient le pouvoir. Idem pour l’appartement au nom d’un seul, pour le permis de travail lié à l’employeur et pour l’argent qu’un seul rapporte.
D’où une conséquence inconfortable : tant que la sortie est coûteuse, le consentement est indiscernable du calcul — y compris de l’intérieur. On ne sait pas toujours soi-même si l’on reste parce qu’on le veut ou parce qu’on n’a nulle part où aller.