Une plainte doit savoir ce qu’elle veut
La culture de l’endurance propose de ne pas se plaindre, pour ne pas avoir l’air faible. Cette interdiction produit d’ordinaire non pas du sang-froid, mais des gens qui se taisent jusqu’à l’explosion.
Une plainte peut remplir différentes fonctions :
- signaler une infraction ;
- demander de l’aide ;
- chercher de la compassion ;
- prévenir les autres ;
- formuler un problème ;
- faire baisser la tension ;
- obtenir un changement.
Le problème ne vient pas de la plainte elle-même, mais de sa répétition infinie sans que le but soit compris.
Avant la conversation, il est utile de déterminer :
Est-ce que je veux être écouté ?
Ai-je besoin d’un conseil ?
Est-ce que je demande une action précise ?
Ai-je l’intention de changer la situation ?
Ou est-ce que je veux simplement rester mécontent un moment ?
La dernière option est admissible elle aussi. Toute émotion n’a pas à devenir immédiatement un projet d’amélioration.
Mais mieux vaut annoncer le format à l’interlocuteur. Celui qui voulait de la compassion se réjouit rarement du plan en sept points qu’il reçoit. Celui qui a besoin d’aide peut se lasser de l’accompagnement philosophique.
En racontant un problème, il est utile de ne pas se limiter à la description des dégâts. Il vaut la peine d’ajouter :
- ce qui a déjà été tenté ;
- ce qui s’est passé ;
- où une participation est requise ;
- quel résultat serait suffisant.
Mieux encore : demander si l’interlocuteur a déjà connu quelque chose de semblable. Cela transforme la conversation d’un concours de souffrances en un échange d’expérience.
Une plainte ne devient destructrice pas parce qu’elle montre une faiblesse. Elle devient destructrice quand elle remplace pendant des années une décision, une demande, une limite ou un départ.
L’accident domestique le plus fréquent ressemble à ceci. L’un rentre et raconte qu’au travail tout va mal. L’autre, voulant aider, propose de démissionner, de changer de secteur et de réécrire le CV. Le premier se vexe, le second ne comprend pas. Or personne n’a rien fait de mal : l’un demandait vingt minutes de compassion, l’autre a entendu une demande de résolution de problème. Le format n’avait pas été annoncé, et la soirée est passée à déterminer lequel des deux était le méchant.
Une phrase de service au début aide : « je n’ai pas besoin de conseil, j’ai besoin de me plaindre pendant dix minutes ». Cela sonne maladroit et économise une soirée. Avantage supplémentaire : parfois, en la prononçant, on découvre qu’on a tout de même besoin d’un conseil.