Le travail commence avant le travail
Avant de commencer, il faut préparer non seulement l’outil, mais l’espace autour de lui.
Il vaut la peine de vérifier :
- si la place est suffisante ;
- s’il y a de la lumière et de la ventilation ;
- dans quelle direction la matière va se déplacer ;
- où se trouvent les câbles, les tuyaux et les surfaces chaudes ;
- ce qu’on peut salir, casser ou enflammer ;
- où mettre les déchets ;
- si on peut s’arrêter en cours de route sans danger ;
- ce qui se produira en cas d’erreur.
Une partie des accidents ne vient pas de la difficulté du travail lui-même, mais d’un objet laissé sous les pieds, d’une tasse sous le coude ou d’un câble tiré en travers du passage.
Mieux vaut préparer outils et matériaux à l’avance. On n’a pas envie de chercher la bonne clé en retenant de l’autre main une pièce lourde qui, pendant ce temps, se forge sa propre opinion sur la gravitation.
Avant une coupe, un perçage ou tout autre geste irréversible, la mesure mérite effectivement d’être refaite. Mais l’expression « mesure sept fois » n’est pas une norme littérale. Après la troisième mesure identique, on commence parfois à se tromper par pur ennui.
Il est plus utile de recourir à une vérification indépendante :
- un autre instrument ;
- une autre façon de calculer ;
- un schéma ;
- un point de contrôle ;
- une deuxième personne quand l’erreur coûte cher.
Si le travail met en jeu le feu, la hauteur, l’électricité, la pression, des objets lourds ou des substances dangereuses, une vidéo amateur ne remplace pas la préparation. Une belle séquence montre en général la version réussie et coupe le passage où l’auteur lisait la documentation, achetait des protections et refaisait trois fois la fixation.
Une bonne préparation s’achève par l’une de ces deux décisions :
Je vois comment faire ça en sécurité.
Ou :
Ce travail, mieux vaut le confier à un professionnel.
La seconde réponse ne témoigne pas d’un manque d’autonomie. C’en est parfois la forme la plus économe.
Le temps de préparation n’entre presque jamais dans le plan. On estime que poser une étagère prend vingt minutes, et c’est une estimation honnête du perçage seul. Chercher les chevilles, écarter la chaise du mur, chercher la rallonge, aspirer la poussière et descendre le carton n’entrent pas dans le plan. C’est donc la préparation qu’on rogne : elle a l’air non pas du travail, mais de son prélude. Résultat, on perce debout sur un fauteuil de bureau, parce que l’escabeau est sur le balcon et que le balcon est encombré d’affaires qui attendaient justement ce samedi-là.
La préparation ne devient visible qu’au moment où elle a manqué : quand la pièce tombe parce que les mains cherchent une clé, ou quand le câble se trouve exactement là où va la mèche. Il revient moins cher de la compter comme une partie du travail que comme un retard avant de commencer.