Gestion · Motivation

Le « dernier avertissement chinois » comme outil de motivation

Cas 1
Récemment, dans une entreprise que je connais, le directeur commercial a annoncé à certains directeurs régionaux que s’ils ne redressaient pas leurs ventes avant le 1er mai, ils seraient licenciés.
D’un côté, il a agi de façon soi-disant noble – il a prévenu. Il a aussi essayé de motiver les directeurs régionaux à travailler. Et qu’est-ce que ça a donné (ça va donner) en réalité ?
En réalité, ce directeur commercial cherche des outils de motivation faciles, et le "bâton" est le plus simple et, cerise sur le gâteau, celui qui flatte le mieux son ego. Le directeur commercial ne veut même pas aller demander aux gens ce qui ne marche pas et pourquoi. Car le problème est peut-être systémique et vient peut-être de lui-même.
Que font les directeurs régionaux ? Exactement – ils se mettent aussitôt à chercher du travail. Qu’arrive-t-il à leur productivité ? Elle monte ? Non – elle baisse.  Qu’arrive-t-il à la productivité des autres directeurs face à la baisse de productivité des prétendus "motivés" – elle baisse aussi. On récolte exactement ce qu’on a semé.

Cas 2
Autrefois, quand j’étais pionnier en colonie de vacances et que les enfants se déchaînaient à la boum, la cheffe des pionniers est montée sur la scène et a dit que si le désordre ne cessait pas immédiatement, la boum s’arrêterait et tout le monde rentrerait dans les chambres. Le plus beau, c’est que tout le monde savait que la boum ne s’arrêterait pas et que personne ne rentrerait dans les chambres avant 21 heures, car pour les animateurs et les éducateurs, une soirée sans activité est le pire des scénarios. Il ne faut pas effrayer avec des menaces inapplicables, en guise de "dernier avertissement chinois". Les enfants lui ont obéi et se sont calmés, mais pas parce qu’elle leur avait fait peur : simplement parce qu’on leur avait fait comprendre que leur comportement était inacceptable.

Comment faut-il s’y prendre ?
1. Ne jamais menacer personne. Ne pas utiliser la motivation négative comme outil de travail. Ne grognez pas sur le chien.
2. Si quelqu’un ne vous convient pas, il faut disposer de critères objectifs et nets de sa nullité, dans lesquels il tombe, lui et personne d’autre. Si vous voulez vous débarrasser d’un groupe de gens inefficaces, même chose – constituez soigneusement une liste courte et préparez-vous soigneusement.
3. Ne prévenez personne de rien. Si quelqu’un ne vous convient pas, mieux vaut le licencier et lui donner trois mois de salaire que de le prévenir de son licenciement, puis de payer pendant trois mois non seulement un salaire, mais aussi d’avoir un poste occupé par quelqu’un qui est démotivé et qui démoralise les autres.
4. Si vous voulez que quelqu’un travaille mieux, la pire idée que vous puissiez avoir est de le menacer de licenciement. Peut-être, oui, peut-être mérite-t-il de telles menaces. Mais tant que vous n’avez pas décidé de le licencier pour de bon, n’employez que la motivation positive. C’est le résultat qui vous importe, non ?
5. Pesez soigneusement un licenciement si vous n’avez personne pour remplacer le partant. Il faut quelqu’un au poste vacant, et un employé quelconque vaut mieux que pas d’employé du tout. Les exceptions justifiant des mesures brutales sont le pénal et l’absence totale d’enthousiasme (de motivation). Autrement dit, les exceptions sont les cas où il vaut réellement mieux avoir ce fauteuil vide que d’y avoir un tel employé.
6. Tout licenciement collectif doit être fait vite, en un seul jour. Règle générale, d’ailleurs : les mauvaises nouvelles, il faut les concentrer, et les bonnes – au contraire – les diluer dans le temps. Beaucoup de petites bonnes nouvelles valent mieux qu’une grande bonne nouvelle. Et beaucoup de petites mauvaises nouvelles sont bien pires qu’une grosse mauvaise nouvelle.
7. Après le ou les licenciements, il faut expliquer aux autres, pour ne pas les démotiver, des raisons claires et nettes, et promettre qu’il n’y aura pas de répression pendant les X prochains mois. La formule peut être celle-ci :: "La prochaine revue des performances aura lieu à telle date. D’ici là, les seuls motifs de licenciement seront le pénal et l’absence d’enthousiasme."
8. Il ne faut pas faire venir les gens d’autres villes pour les licencier. Il est plus correct d’aller les voir soi-même, avec tous les documents en main pour toutes les issues possibles de l’entretien de licenciement.
9. Il doit y avoir au moins deux modalités de licenciement, au choix de l’employé. Le format de la "fausse alternative" est ici tout à fait à sa place.
Voilà, c’est à peu près tout.