Pourquoi l’économie a sa place ici
Le mot « économie » dans une conversation sur l’amour éveille une méfiance compréhensible. On s’attend d’ordinaire à ce qu’il serve à mettre un prix sur les gens, à transformer le mariage en échange de services et à expliquer chaque acte par l’intérêt personnel. L’économie est plus intéressante que sa caricature : sa matière première, ce sont les décisions sous contrainte. Le temps est limité, l’information incomplète, l’avenir inconnu, le refus a des conséquences, et le choix de l’un modifie les possibilités de l’autre. Les relations fournissent généreusement toutes ces conditions. La théorie de la recherche demande combien d’options il vaut la peine d’examiner avant de s’arrêter ; la théorie des jeux, comment l’acte d’aujourd’hui changera la réponse du partenaire demain ; la théorie du signal, quelles promesses portent de l’information ; la théorie des contrats, comment s’entendre sur des événements qu’il est impossible d’énumérer à l’avance ; les modèles de négociation, pourquoi des gens qui s’aiment autant peuvent avoir un pouvoir inégal.
Les études diffèrent non seulement par leurs réponses, mais par les questions que leur protocole est capable de supporter. Un instantané d’un groupe à un moment donné montre une corrélation, mais ne dit pas ce qui en était la cause. Suivre les mêmes personnes dans le temps rétablit la succession des événements, mais conserve les différences cachées entre elles. La répartition aléatoire et les expériences naturelles permettent mieux d’isoler l’effet causal ; la méta-analyse réduit le bruit aléatoire, mais hérite des limites des travaux d’origine. Un chiffre se lit avec le dispositif d’observation : qui est entré dans l’échantillon, ce qu’on a mesuré, à quoi on l’a comparé et quelle explication alternative est restée ouverte.