Leçons de vie

Un plan B n’attire pas le malheur

Le bon sens superstitieux voit parfois dans la préparation au pire scénario une marque de défiance ou une façon de « porter la poisse ». La sauvegarde, la trousse de secours et l’issue de secours font exactement l’inverse : elles réduisent le coût de l’événement s’il finit par se produire.

Une sauvegarde n’augmente pas la probabilité d’une panne. Une trousse de secours n’attire pas les blessures. Une issue de secours n’offense pas l’issue principale.

Il est utile de se préparer non pas au « pire en général », mais à quelques défaillances réalistes :

  • ce qui est probable ;
  • ce qui causera de gros dégâts ;
  • ce qui peut être évité à peu de frais ;
  • ce qui exigera une action immédiate.

Pour un logement, ce peut être :

  • un incendie ;
  • une coupure de courant ;
  • une fuite d’eau ;
  • la perte des clés ;
  • la nécessité de partir en urgence.

Pour un voyage :

  • un retard ;
  • la perte des papiers ;
  • une maladie ;
  • l’absence de réseau ;
  • le manque d’argent ;
  • la séparation du groupe.

La préparation ne comprend pas seulement des objets, mais aussi des savoirs :

  • où l’on coupe l’eau ;
  • comment on coupe l’électricité ;
  • qui appeler ;
  • où sont les papiers ;
  • comment sortir ;
  • où se retrouver si le réseau tombe.

Cela dit, se préparer en permanence à tous les malheurs possibles transforme la sécurité en une forme d’anxiété.

Un bon plan B est court, réaliste et vérifié de temps en temps. Il n’oblige pas à vivre chaque jour à l’intérieur d’une catastrophe qui n’a pas eu lieu.

Un plan B jamais testé se distingue de la superstition moins qu’on ne le voudrait. Une sauvegarde qu’on n’a jamais restaurée est un sentiment de sécurité au contenu inconnu : elle peut écrire un dossier vide pendant des années, et l’on ne s’en apercevra qu’une seule fois. Une vanne dont on sait où elle se trouve mais qu’on n’a jamais tournée se révèle grippée au moment voulu, avec une armoire posée devant. Une trousse de secours qu’on n’a pas ouverte depuis le déménagement contient du périmé et pas ce qu’il faut.

La seule chose qui distingue une préparation d’un rituel, c’est qu’on l’a exécutée intégralement au moins une fois. Restaurer un fichier depuis la sauvegarde, tourner la vanne à fond et la rouvrir, trouver la lampe dans le noir. Une heure par an, et c’est surtout une assurance contre son propre optimisme.