Unités, axes et autres signes de civilisation
Un nombre sans unité est souvent inutile.
Cinq mètres, cinq millimètres et cinq degrés décrivent des situations différentes. Un tableau sans indication d’unités peut paraître convaincant jusqu’au moment où on l’utilise.
La discipline technique exige d’indiquer explicitement :
- les unités de mesure ;
- le système de coordonnées ;
- l’échelle ;
- la source des données ;
- la date ;
- la version ;
- les conventions de notation ;
- les hypothèses ;
- le domaine de validité.
Sur un graphique, les axes doivent être légendés. Sur un schéma, il faut une légende. Dans un calcul, les données d’entrée et les formules. Dans un document, le statut et la version.
Ces éléments paraissent superflus à l’auteur, parce qu’il se souvient du contexte. Le document survit en général à cette mémoire.
Il ne s’agit pas d’interdire toute hypothèse. Sans elles, impossible de concevoir, de prévoir et de décider en information incomplète.
Une hypothèse doit être :
- explicite ;
- justifiée ;
- vérifiable ;
- suffisamment conservatrice en cas de risque ;
- révisée dès que des données apparaissent.
La phrase « je ne connais pas toutes les conditions, je n’ai donc pas le droit de proposer une solution » est parfois raisonnable. Parfois, elle devient un moyen de ne jamais décider.
Il est plus exact de dire :
Avec ces données d’entrée et ces hypothèses, c’est cette option qui paraît la mieux fondée. Si une condition change, il faudra reconsidérer la décision.
L’honnêteté technique ne consiste pas en l’absence d’incertitude. Elle consiste à ne pas cacher l’incertitude entre les lignes.
Ce qui coûte le plus cher, ce sont les nombres dont l’unité est sous-entendue. Un « verre de farine » pèse entre cent vingt et cent quatre-vingts grammes, et la pâte montre honnêtement la différence. Un jeu de « 0,5 » sans mention des millimètres arrive un jour sur le chantier sous la forme d’une pièce à refaire à ses frais. Dans les deux cas, l’auteur savait parfaitement ce qu’il voulait dire. Ce savoir n’est simplement pas parti avec le document.
Un document vit plus longtemps que la mémoire de son auteur et finit presque toujours entre les mains de quelqu’un à qui on ne peut plus rien demander : il est dans une autre entreprise, une autre ville, ou il ne se souvient tout simplement plus. Un axe légendé n’est pas du pédantisme, c’est un moyen de ne pas avoir à être présent en personne à chaque lecture future.