Leçons de vie

Un travail qui vous rend plus compétent

Certains emplois consomment de la compétence. D’autres en accumulent.

En début de carrière, un environnement est particulièrement utile quand on y :

  • résout des problèmes de plus en plus difficiles ;
  • reçoit des retours ;
  • côtoie de bons spécialistes ;
  • comprend le système dans son ensemble ;
  • peut se tromper à une échelle maîtrisée ;
  • apprend des outils transférables.

Un salaire élevé dans un poste sans progression peut être un choix raisonnable, surtout si l’on a besoin d’argent, de stabilité ou d’un répit après une croissance intense. Toute période de la vie n’est pas tenue de devenir un projet éducatif.

Cela dit, une stagnation professionnelle prolongée crée un risque. Les technologies changent, l’entreprise ferme, et une expérience interne étroite peut se révéler inutile au-dehors.

Il est utile de se demander une fois par an :

  • ce que je sais mieux faire aujourd’hui ;
  • quelles tâches je suis capable de mener seul ;
  • ce qui, là-dedans, a de la valeur hors de mon entreprise actuelle ;
  • quelles connaissances deviennent obsolètes ;
  • ce qu’il faut apprendre ensuite.

Un travail dont on pourra être fier devant ses petits-enfants, cela sonne bien, mais tout le monde n’a pas de petits-enfants et tout travail digne ne fait pas une bonne histoire de famille.

Un autre critère est plus juste :

Suis-je capable de m’expliquer à moi-même pourquoi je fais ce travail et ce qu’il fait aux gens, au monde et à moi ?

La réponse n’a pas à être héroïque.

Parfois un travail digne consiste à faire en sorte que le chauffage fonctionne sans faille en hiver. Ce n’est pas une mauvaise histoire, même si le petit-fils aurait préféré des dinosaures.

Un travail qui consomme de la compétence se reconnaît à un signe : au bout d’un an, on fait la même chose, mais plus vite. La vitesse est une sensation agréable et un mauvais indicateur. Un commercial qui traite le même type de contrat dans le même secteur pendant trois ans n’a pas, à la fin, trois ans d’expérience, mais un an répété trois fois. En entretien, cela s’entend tout de suite : le récit des tâches ne se complexifie pas, seuls les montants et les noms des clients changent.

Il est plus commode de se juger non au titre du poste ni au nombre de projets, mais aux questions qu’on sait désormais poser. Si aucune question nouvelle n’est apparue en un an, le travail a payé en argent, pas en qualification. C’est un échange légitime, il faut simplement savoir qu’il a eu lieu.