Leçons de vie

S’excuser sans avocat

Le rituel social des excuses tourne souvent à l’explication de pourquoi le fautif n’est presque pas fautif et pourquoi la victime a pris les choses trop à cœur. De bonnes excuses reconnaissent d’abord l’acte et le dommage, et seulement ensuite exposent le contexte.

Elles comportent quatre éléments :

1. ce qui s’est passé ;

2. quel dommage cela a causé ;

3. la responsabilité, sans déplacer la faute ;

4. ce qui changera ensuite.

Par exemple :

Je n’ai pas prévenu que je serais en retard. Tu as attendu et tu n’as pas pu organiser ta soirée. C’est mon erreur. La prochaine fois, j’écrirai dès que je comprendrai que je n’y arrive pas.

Les mots « je suis désolé que tu l’aies mal pris » décrivent l’émotion de l’autre comme le problème. Ils ne reconnaissent pas son propre acte.

Une explication peut être à sa place, mais après la responsabilité :

Je me suis trompé d’heure parce que j’avais mal noté le rendez-vous. Cela explique l’erreur, mais ne l’annule pas.

Des excuses ne garantissent pas le pardon. Elles n’achètent pas le retour de la relation et n’exigent pas que l’autre cesse immédiatement d’en subir les conséquences.

Parfois quelqu’un exige des excuses pour un acte que vous ne jugez pas fautif. Avouer faussement pour mettre fin à la conversation est dangereux. On peut regretter le résultat sans accepter une culpabilité imposée :

Je regrette que cette conversation t’ait fait mal. Je continue pourtant de penser que ma décision était juste.

Les principes ne dispensent pas de s’excuser. Mais s’excuser n’oblige pas non plus à renoncer à ses principes.

Le quatrième point se vérifie un mois plus tard, et c’est lui qui montre si les excuses en étaient. Un artisan qui a fait sauter un délai peut dire tout ce qu’il faut : reconnaître le retard, nommer le préjudice, ne pas contester l’évaluation. Si, à la commande suivante, il ne prévient toujours pas du report, les premières excuses se révèlent rétrospectivement un moyen de survivre à une conversation pénible. La deuxième fois, les mêmes mots ne fonctionnent plus : ils ont désormais une histoire, et celui qui écoute s’en souvient.

D’où une propriété inconfortable du genre : des excuses ne peuvent pas s’évaluer au moment où elles sont prononcées. Celui qui écoute le sait en général, et c’est pourquoi « la prochaine fois je ferai ainsi » pèse plus lourd que n’importe quelle formule de regret.