Leçons de vie

L’autorité sans autopromotion

La société apprend à se faire valoir : afficher de l’assurance, de l’honnêteté, du leadership et une marque personnelle. Mais l’autorité se crée mal par déclaration directe — elle se compose d’actes répétés.

Les formules « je suis très honnête », « je suis un homme de parole » et « pour moi, la qualité passe avant tout » fonctionnent à peu près comme un écriteau « cuisine très propre » sur la porte d’un restaurant. Elles ne prouvent aucune infraction, mais donnent envie d’aller voir à l’intérieur.

L’image qu’on se fait de quelqu’un se compose de répétitions : tient-il ses accords, comment se comporte-t-il en cas d’erreur, comment traite-t-il les plus faibles, change-t-il les règles à son avantage, peut-on compter sur lui, ses paroles et ses actes coïncident-ils.

De là, l’autorité n’a pas besoin d’être gagnée en permanence par des démonstrations ponctuelles. Il suffit de ne pas l’échanger contre du confort dans les petites situations.

Il est tout aussi inutile de défendre son autorité sans relâche. Celui qui réagit douloureusement à la moindre objection ne montre pas la force de sa position, mais le coût élevé de son entretien.

Les autodescriptions aussi sont utiles en quantité limitée. Dire « je suis introverti » peut aider à expliquer un besoin de silence. Mais cela ne doit pas interdire de prendre la parole, de faire une rencontre ou d’apprécier un jour une grande tablée.

Les convictions, les goûts et les modes de vie changent. Une déclaration se transforme facilement en cage bâtie pour rester cohérent devant le public.

Mieux vaut dire non pas :

Je suis comme ça.

Mais :

D’habitude, je choisis ainsi.

En ce moment, cela me convient.

Dans cette situation, voici ce qui compte pour moi.

Nul besoin de devenir une marque pour que l’entourage sache à qui il a affaire.

Cela se voit surtout au moment d’embaucher une équipe de travaux. Le premier dit qu’il travaille en conscience, qu’il a des mains en or et qu’il répond de la qualité sur sa tête. Le second annonce un délai, prévient honnêtement que le délai peut glisser, et revient un mois après la livraison refaire une plinthe que le client avait déjà oubliée. Le premier, c’est une déclaration ; le second, ce sont des données. L’ennui, c’est que les données arrivent dans un mois alors qu’il faut choisir aujourd’hui — et c’est pour cela que les déclarations continuent de fonctionner.

L’autodescription est commode parce qu’elle n’exige aucune confirmation, et dangereuse pour la même raison. Plus on répète ce qu’on est, moins il reste de possibilités d’agir un jour autrement sans perdre la face. La cage se construit d’ordinaire avec ses propres citations.