Leçons de vie

Des adultes sans auréole

La culture de l’enfance repose sur une fiction commode : l’adulte sait mieux, du seul fait qu’il est adulte. L’âge augmente effectivement l’expérience, mais il ne délivre aucune garantie de discernement, de justice ou de maîtrise de soi.

Les parents, les enseignants et les autres adultes peuvent se tromper, manipuler, exploser, défendre leur autorité et prendre leur humeur du jour pour une méthode pédagogique. Parfois, ils essaient d’aider et s’y prennent mal. Parfois, ils défendent avant tout un ordre qui les arrange.

Cela dit, le ressenti de l’enfant ne prouve pas automatiquement que l’adulte est inadéquat. Les deux parties ne voient la situation qu’en partie. L’adulte a plus d’expérience et de pouvoir. L’enfant a la connaissance directe de la façon dont on le traite, lui.

Il est utile de regarder non seulement la dispute, mais le motif qui se répète :

  • peut-on poser des questions ;
  • l’adulte reconnaît-il une erreur de fait ;
  • explique-t-il la règle ;
  • les règles sont-elles les mêmes aujourd’hui et demain ;
  • la punition dépend-elle de l’humeur ;
  • utilise-t-on la peur de perdre l’amour ;
  • emploie-t-on l’humiliation, les menaces ou la force ;
  • peut-on faire intervenir un autre adulte.

Tous les conflits ne doivent pas être gagnés de front. En situation de forte dépendance, l’affrontement ouvert peut aggraver les choses. Il est parfois plus sage d’arrêter une dispute stérile, de noter les faits, d’attendre un moment calme ou de s’adresser à quelqu’un qui a de l’influence sur la situation.

Si la maison ou l’école reste durablement dangereuse, il faut un adulte extérieur au système : un parent éloigné, un enseignant, un médecin, un psychologue, un entraîneur, le parent d’un ami. Non pas un « remplaçant des parents », mais quelqu’un capable de vérifier la réalité et d’aider à agir.

Il est particulièrement utile d’avoir plusieurs adultes de référence. Les défauts de l’un ne deviennent pas alors la structure de toute la vie adulte.

La leçon principale de l’erreur d’autrui n’est pas la promesse de ne jamais faire pareil. Presque tous les parents ont un jour vu une mauvaise éducation et en ont tiré des conclusions. Il est plus utile de comprendre le mécanisme : la fatigue, la peur, le pouvoir, l’absence de savoir-faire pour parler. Sinon, vingt ans plus tard, la même réponse peut sortir de sa propre bouche avec une intonation tout à fait convaincante.

L’écart ponctuel et le fonctionnement de fond se distinguent à l’épreuve du lendemain. Un professeur qui a crié sur sa classe en fin de trimestre peut dire le matin qu’il a eu tort, et la règle restera la même. Un autre ne reconnaît rien, mais réclame les cahiers le lundi, se moque de ces mêmes cahiers le mardi et note à l’humeur le mercredi. Dans le premier cas, l’enfant passe un mauvais moment. Dans le second, il est contraint de deviner les règles à neuf chaque jour — et c’est un travail à part entière, qui prend plus d’énergie que la matière elle-même.

De l’extérieur, ce motif se voit plus vite que de l’intérieur. L’adulte extérieur au système ne sert donc pas à consoler, mais à recouper les données : pour savoir si ce qui se passe est anormal — ou si c’est partout pareil et que c’est simplement la vie.