Un terrain d’essai avec des conséquences
La jeunesse permet effectivement d’essayer plusieurs versions de soi.
On peut changer de passion, de bande, de style, de parcours scolaire et d’idée du métier futur. Une erreur à dix-sept ans coûte souvent moins cher que la même erreur après l’apparition d’un crédit immobilier, de trois salariés et d’un compte commun avec un partenaire.
Un terrain d’essai n’est pourtant pas un lieu sans conséquences. C’est un lieu où les conséquences sont bornées à l’avance.
Certaines expériences sont réversibles : essayer un nouveau sport, passer un mois sans réseaux sociaux, s’inscrire à une formation, parler en public, vivre seul un temps et mener un petit projet.
D’autres peuvent laisser une trace longue : la conduite dangereuse, une addiction lourde, une intervention irréversible sur le corps, un délit, une grossesse et un contrat aux engagements lourds.
Traiter la vie comme un jeu est utile, à condition de se rappeler qu’un jeu a des règles, d’autres joueurs, et pas de sauvegarde avant chaque niveau.
La tâche de la jeunesse n’est pas de tout essayer au sens littéral. Elle consiste à découvrir, par des expériences peu coûteuses :
- ce qui intéresse ;
- ce qu’on réussit ;
- quelles personnes conviennent ;
- quel risque est supportable ;
- quel prix on ne veut pas payer.
La liberté d’expérimenter vaut surtout là où l’on peut s’arrêter sans détruire ce qui est déjà bâti.
Il est commode de trier les expériences selon un seul critère : combien coûte la sortie. Une formation, on peut l’abandonner en cours de route en perdant l’argent des séances restantes. Une chambre en location, on la libère avec un mois de préavis. Une caution pour le crédit d’un tiers n’a aucune sortie : la signature prend dix secondes, l’obligation vit cinq ans et ne dépend pas du fait que vous parliez encore à celui pour qui vous vous êtes porté garant. La différence entre ces trois décisions ne tient pas au courage, mais à l’existence d’une porte.
D’où une règle pratique : essayer beaucoup, mais vérifier avant de signer non pas si « c’est intéressant », mais « comment on sort de là et combien ça coûtera ». Une expérience dont on ne peut pas sortir cesse d’être une expérience et devient une circonstance.