Le mauvais temps sans promesses
Le rituel social de la consolation exige de promettre que la période difficile va bientôt finir et que tout finira forcément par s’arranger. Parfois cela soutient. Parfois cela fait passer un souhait pour une prévision.
Après les fêtes, ce sera plus facile. Au printemps, tout changera. Après les élections, l’incertitude cessera. Encore quelques semaines et on pourra revenir à une vie normale.
Parfois la prévision se réalise. Parfois la mauvaise période n’a pas reçu la notification.
Le danger de la pensée « provisoire », c’est qu’on repousse des décisions nécessaires :
- on ne refait pas son budget ;
- on ne cherche pas de nouveau revenu ;
- on ne change pas son rythme ;
- on ne demande pas d’aide ;
- on n’équipe pas son logement temporaire ;
- on ne met pas en place un ordre stable.
On supporte pendant des mois des conditions prévues pour quelques jours.
Il est plus raisonnable de tenir simultanément deux possibilités :
Cela peut se terminer bientôt.
Cela peut durer.
Apparaissent alors des décisions qui améliorent la vie maintenant sans verrouiller l’avenir : un quotidien minimal mais commode, une réserve, une organisation provisoire mais stable, des horizons de planification courts, une révision régulière des conditions et la conservation des documents, des contacts et des compétences.
Il n’est pas obligatoire de prendre les mauvais moments pour une nouvelle éternité. Il suffit de cesser de tout bâtir sur la promesse d’une fin proche. L’espoir est utile comme source d’énergie. Au poste de calendrier, il fonctionne moins bien.
C’est ainsi qu’on vit dans un logement temporaire. On emménage pour trois mois et on n’achète pas de poêle correcte, on n’accroche pas d’étagère, on ne cherche pas de médecin à proximité — tout va bientôt se régler. Un an plus tard, on cuisine toujours dans une poêle dont le revêtement se décolle et on ignore où se trouve le cabinet médical le plus proche. Trois mois était une prévision honnête. Le problème, c’est que le quotidien a été bâti sur une prévision. Et une année de vie est passée entièrement, pas en mode attente, dépensée dans un inconfort qui valait quarante euros.
L’assurance raisonnable consiste à n’acheter que ce qu’on peut abandonner sans regret — mais à acheter quand même. Le pari du « ça va bientôt finir » ne coûte rien exactement jusqu’au moment où il détermine s’il y a une chaise dans la maison.