Leçons de vie

Une crise ne se traverse pas seul

La culture de l’autonomie suggère qu’il faut d’abord réfléchir seul aux pensées difficiles et ne demander de l’aide qu’avec une explication toute prête. La crise suicidaire est précisément le cas où réfléchir seul n’est pas un signe de maturité.

L’Organisation mondiale de la santé souligne que beaucoup de suicides surviennent de façon impulsive, à des moments de crise où la capacité de faire face à un conflit, à une douleur ou à une perte se rétrécit brutalement. C’est une des raisons pour lesquelles restreindre l’accès aux moyens, apporter un soutien immédiat et gagner du temps ont un sens pratique.

La pensée de crise se fait souvent passer pour une conclusion définitive tirée d’une analyse complète de la vie. En réalité, l’état modifie l’instrument d’analyse lui-même. À ce moment-là, une personne n’a pas besoin d’un débat philosophique, mais d’autres personnes, de sécurité physique et d’aide professionnelle.

Elle peut survenir au moment d’une crise aiguë, quand la capacité de voir d’autres options se rétrécit brutalement. C’est précisément pour cela qu’on ne peut pas remettre la décision à un « suicide plus calme ».

Ce qu’il faut remettre, c’est l’acte. L’aide, elle, est nécessaire maintenant.

S’il existe un risque immédiat :

  • ne restez pas seul ;
  • prévenez quelqu’un qui peut être physiquement présent ;
  • appelez les secours locaux ou une ligne de crise ;
  • supprimez l’accès aux armes, aux médicaments et aux autres moyens de se faire du mal ;
  • ne consommez ni alcool ni drogues ;
  • rejoignez un endroit où il y a du monde.

Si ces pensées sont apparues chez quelqu’un d’autre, en parler ne « souffle pas l’idée ». Mieux vaut demander directement et calmement s’il y a un danger immédiat et s’il faut appeler de l’aide.

Il ne faut pas promettre de garder cela secret.

Il n’est pas demandé de trouver seul les mots parfaits ni de régler toute la vie de l’autre. La tâche des heures qui viennent est de traverser la période dangereuse et de transmettre une part du pilotage à des gens qui savent travailler avec la crise.

Une personne dans cet état peut être certaine que la situation ne changera pas. Cette impression fait partie de la crise ; ce n’est pas une prévision fiable de l’avenir.

Demander de l’aide ici n’est ni une faiblesse ni une dramatisation. C’est un geste de sécurité, quand l’instrument interne d’évaluation du risque n’indique temporairement qu’une seule issue.

De l’extérieur, cet état se repère mal, parce qu’il a rarement l’air dramatique. C’est plus souvent quelqu’un devenu soudain plus calme, qui a cessé de discuter, distribué ses affaires, réglé ses dossiers et s’est mis à parler de l’avenir au passé. L’entourage lit cela comme une amélioration et s’écarte, soulagé. Une question directe et calme fonctionne ici mieux que les suppositions : elle ne souffle pas l’idée, elle fait savoir que le sujet peut être nommé à voix haute sans perdre son interlocuteur.

Celui qui aide a intérêt à se décharger d’une tâche impossible. Il n’a pas à trouver les mots justes ni à réparer la vie d’autrui. Il suffit de rester là, de supprimer l’accès à ce qui est dangereux, d’accompagner jusqu’au médecin ou au service de crise. Le reste est le travail de ceux qui l’ont appris.