Ne pas brûler les ponts pour se motiver
L’irréversibilité crée parfois de la détermination. C’est bien pour cela qu’on démissionne avant d’avoir cherché un nouveau poste, qu’on met tout son argent dans un projet ou qu’on promet publiquement un résultat.
Une fois les chemins du retour fermés, il ne reste qu’à avancer.
Le problème, c’est qu’il n’y a peut-être nulle part où avancer.
Il est utile de garder la possibilité de reculer tant que le nouveau système n’a pas prouvé qu’il fonctionne :
- commencer la formation avant de démissionner ;
- vérifier la demande avant de prendre un gros crédit ;
- vivre quelque temps dans la nouvelle ville avant d’y acheter un logement ;
- mener un petit projet avant de créer une société ;
- essayer de s’entraîner régulièrement avant d’acheter une salle de sport à domicile.
De grosses dépenses préalables remplacent mal la motivation. Un abonnement à l’année ne fait pas s’entraîner. Il rend seulement la séance manquée un peu plus chère et fournit une raison supplémentaire d’éviter son relevé bancaire.
Un engagement préalable est cependant parfois utile :
- un cours payé ;
- une date fixée ;
- un contrat avec un coach ;
- un rendez-vous annoncé.
La différence tient à la taille de la mise.
Un bon engagement aide à commencer et laisse la possibilité de changer d’avis sans détruire sa vie. Un mauvais rend délibérément l’erreur trop coûteuse à reconnaître.
Le pont brûlé a un effet secondaire dont ne parlent pas les citations sur la détermination : il empêche non seulement de reculer, mais aussi de remarquer qu’il serait temps. Celui qui a annoncé à quarante connaissances qu’il se lançait à son compte a acquis, en même temps que sa résolution, une mise réputationnelle coûteuse. Six mois plus tard, les chiffres disent déjà « ça ne marche pas », mais l’admettre signifie désormais expliquer à quarante personnes ce qui a raté. Le projet est tiré encore un an — non par foi en lui, mais par comptabilité de la honte.
Un bon test pour un engagement consiste à se demander ce qu’il fait au moment du renoncement. S’il le rend un peu inconfortable, c’est de la discipline. S’il le rend impossible, c’est une façon de s’interdire d’avance toute donnée nouvelle.