Leçons de vie

Le ressentiment sans trône

Le ressentiment mêle souvent la douleur et l’attente d’une reconnaissance.

La personne ne fait pas que vivre quelque chose de désagréable. Elle veut que l’autre comprenne le préjudice, accepte sa version des faits et rétablisse l’ordre rompu.

Parfois c’est justifié. On peut effectivement nous humilier, nous tromper ou rompre un accord.

Parfois l’événement ne fait que toucher un point vulnérable : la peur d’être sans importance, pas intelligent, pas attirant ou faible. L’autre n’a pas créé cette vulnérabilité, mais il l’a atteinte avec une certaine précision.

Il est utile de séparer :

  • ce qui s’est passé en fait ;
  • ce que j’y ai entendu ;
  • quel besoin a été touché ;
  • si l’acte était intentionnel ;
  • ce que je veux maintenant.

S’interdire le ressentiment n’a pas de sens. Le conserver comme preuve de supériorité morale est moins utile.

Si le mal était involontaire, un retour donne à l’autre la possibilité de se corriger :

Quand tu as plaisanté là-dessus devant les autres, ça m’a été désagréable. Ne recommence pas, s’il te plaît.

Il n’est pas obligatoire d’annoncer d’avance qu’on ne garde aucune rancune. Elle est peut-être encore là, et elle ne passe pas selon un horaire.

Si l’acte était intentionnel, la suite ne dépend pas seulement de l’étiquette « mauvaise personne ». Ce qui compte, c’est de savoir s’il reconnaît son acte, s’il y met fin, s’il reste sûr de continuer le contact.

Refuser de montrer une réaction prive parfois le provocateur du résultat attendu. Mais cela ne doit pas interdire de demander du soutien ou de la protection.

Le ressentiment cesse de gouverner quelqu’un non pas quand il s’est persuadé qu’il ne s’était rien passé, mais quand il a compris l’événement et choisi l’action suivante.

La séparation se vérifie sur des détails. Les collègues sont partis déjeuner sans vous appeler. Fait : ils n’ont pas appelé. Entendu : « on ne me considère pas comme des leurs ». Besoin touché : faire partie du groupe. Intention : inconnue et, très probablement, inexistante — les gens sont sortis quand ils se sont libérés. Sur ces quatre lignes, une seule mérite d’être discutée avec eux, les trois autres se discutent avec soi-même. On ne peut présenter que la première ligne, et c’est désagréable sur les quatre : là est en général toute la difficulté.

Le ressentiment habite le plus souvent la troisième ligne et se présente comme la deuxième. La conversation porte donc sur le fait, n’aboutit à rien, et les deux parties se séparent avec le sentiment d’avoir parlé d’autre chose.