Leçons de vie

Ne pas regretter, mais enquêter

La culture de la motivation propose deux extrêmes également simples : ne rien regretter, ou se juger sans fin pour son passé. Le premier sonne énergique et ne sert presque à rien, le second produit une punition sans nouveau savoir.

Le regret indique que la personne qu’on est aujourd’hui choisirait autrement. Cela peut être une information importante. Grâce à elle, on change ses règles, on demande pardon, on cesse de répéter une erreur et l’on finit parfois par lire la notice avant de monter l’armoire.

Le regret devient inutile quand il ne produit plus de décisions.

Un examen utile du passé répond à quelques questions :

  • que savais-je à ce moment-là ;
  • que ne savais-je pas ;
  • quelle hypothèse s’est révélée fausse ;
  • qu’est-ce qui dépendait de moi ;
  • qu’est-ce qui relevait du hasard ;
  • quel signe ai-je manqué ;
  • quelle règle faut-il changer.

Après quoi le dossier peut être clos.

Juger en permanence celui qu’on était à partir d’informations obtenues plus tard est injuste et méthodologiquement douteux. La combinaison gagnante de la loterie paraît toujours évidente une fois le tirage effectué.

Le passé prédit d’ailleurs mal l’avenir si l’on prolonge mécaniquement la ligne qu’on y a trouvée. On repère des régularités là même où il n’y a eu que des coïncidences, et l’on tient pour stables des conditions qui ont déjà changé.

Du passé, on peut tirer des modèles. On ne peut pas lui réclamer l’horaire de l’avenir. Le regret doit clore une leçon, non devenir une façon de vivre.

Quelqu’un vend son appartement un an avant que les prix ne doublent, et porte cela cinq ans durant comme la preuve de sa propre bêtise. L’enquête a une autre allure : que savait-on alors, quelles étaient les prévisions, pourquoi fallait-il cet argent, que serait-il arrivé avec d’autres décisions. En général, il apparaît que le choix se faisait entre trois mauvaises options et n’était pas la pire. Cela ne rend pas l’argent, mais permet de clore le dossier.

La différence entre l’examen et l’autoflagellation se mesure au résultat. L’examen produit une règle modifiée : désormais, je ne signe pas ce genre de chose sans un deuxième avis. L’autoflagellation ne produit rien, sinon la disposition à refaire la même erreur en costume neuf.