Couteaux

M390, Elmax et les autres Autrichiens

Böhler-Uddeholm AG est un groupe métallurgique, l’un des premiers fournisseurs mondiaux d’aciers à outils de haute qualité. Tôles, tubes, fils, machines de forge, éléments de turbines à gaz, électrodes de soudage FOX. Des usines en Autriche, en Allemagne, en Amérique du Nord et du Sud, des filiales commerciales sur tous les continents. L’acier de coutellerie, dans cette liste, est une erreur d’arrondi.

Le groupe est né en 1991 de la fusion de l’autrichien public Böhler Ges.m.b.H. et du suédois Uddeholm AB ; un quart du capital est resté à un holding industriel autrichien. D’où une petite confusion de vocabulaire : « aciers autrichiens » est un raccourci de conversation. Elmax, Vanax et AEB-L sont suédois de naissance, ils sont devenus autrichiens par l’effet d’une transaction.

M390

Le M390 est un inox obtenu par métallurgie des poudres à 20 % de chrome, et ce chiffre est presque toujours mal compris. Sur ces vingt pour cent, environ treize sont en solution. Le reste est lié dans les carbures, et le chrome lié ne travaille plus pour la résistance à la corrosion : il est occupé par le carbone et ne forme pas de film d’oxyde en surface.

C’est pourquoi le S110V, avec ses 15,25 % de chrome, offre exactement le même niveau de résistance à la corrosion que le M390 avec ses vingt. Ce qui compte, c’est la composition d’ensemble, pas le nombre inscrit en face de Cr dans le tableau.

Pour la tenue du fil, le M390 se situe dans le groupe de tête — au-dessus du S30V, qui, à son tour, tient le fil mieux que l’Elmax, le S35VN, le CPM-154 et le BG42.

Sa limite est commune à tous les inox de poudre : ils contiennent beaucoup de carbures. Pas moins de 9–10 % de carbure de chrome et pas moins de 15 % de carbures au total. Or au-delà de 15 % de carbures, il ne faut plus compter sur une ténacité élevée. C’est précisément pour cela que les aciers de poudre non inoxydables sont, à tenue du fil égale, pratiquement deux fois plus tenaces que les inoxydables.

Elmax

L’Elmax est un inox de poudre Uddeholm à 1,7 % de carbone et environ 0,1 % d’azote. La construction est classique : beaucoup de carbone, beaucoup de carbures, une résistance à l’usure convenable, une bonne résistance aux taches. Pour la tenue du fil, il se place en dessous du S30V — ce n’est pas un verdict, c’est une place dans un classement.

Vanax

Le Vanax est plus intéressant. C’est un acier de poudre de troisième génération dans lequel le carbone est en bonne partie remplacé par de l’azote : 1,55 % d’azote contre 0,35 % de carbone. Chez l’Elmax, c’est l’inverse — 1,7 % de carbone et environ 0,1 % d’azote. Deux aciers très semblables, qui ont interverti deux éléments en miroir.

Dans le réseau cristallin, l’azote travaille à peu près comme le carbone, mais il dégrade moins la résistance à la corrosion. Les nitrures et les carbonitrures grossissent plus lentement que les carbures, les particules sont donc plus fines. Résultat : une résistance à la corrosion exceptionnelle, une excellente tenue du fil, et un acier qui se réaffûte assez facilement, ce qui est rare pour un inox à forte teneur en carbures.

Techniquement, ce n’est pas gratuit. L’acier liquide dissout mal l’azote : on atomise donc la poudre avec une faible teneur, puis on l’azote — avant le pressage à chaud en lingot. L’acier de coutellerie s’est trouvé ici être un sous-produit d’un savoir-faire sur le gaz.

La moitié rouillante du catalogue

Si l’on retire l’exigence d’inoxydabilité, la partie la plus intéressante du tarif du même groupe commence. Dans la liste des aciers au meilleur compromis entre ténacité et résistance à l’usure figurent le Vanadis 4 Extra, le Vanadis 8 et le K390 — des aciers de poudre, alliés principalement au vanadium, et qui rouillent.

La raison est simple. Le chrome ajouté pour l’inoxydabilité se lie en carbures de chrome : ils sont plus tendres que les carbures de vanadium et plus gros qu’eux. Plus tendres, cela veut dire qu’il en faut davantage pour une même tenue du fil. Plus gros, cela veut dire que la ténacité baisse. Dans un acier de coutellerie, l’inoxydabilité s’achète toujours au détriment d’autres propriétés ; la seule question est de savoir si vous êtes prêt à essuyer la lame.

Un brevet qu’on ne trouve pas en rayon

Böhler détient un brevet sur des aciers de poudre à forte teneur en niobium. Le problème du niobium, c’est qu’il forme des carbures directement dans l’acier liquide, avant l’atomisation : les carbures sortent gros, et la buse par laquelle le métal fondu passe dans les jets d’azote gazeux peut tout bonnement se boucher. Cela limite d’ordinaire l’ajout à environ trois pour cent.

Le contournement est élégant : on atomise d’abord l’acier entièrement sans carbone, pour qu’il se forme du FeNb au lieu de carbure de niobium, puis on mélange la poudre à du graphite et c’est seulement alors qu’on presse. L’une des compositions ne contenait que 12 % de chrome — et a montré une résistance à la corrosion supérieure à celle du M390, pour une résistance à l’usure plus élevée.

La demande a été déposée en 2009. Il n’existe toujours aucun produit. Cela vaut la peine de s’en souvenir en lisant les articles sur « l’acier du futur » : entre le brevet et le rayon, il y a une quinzaine d’années et la question de savoir si l’étape de transformation supplémentaire sera rentable.

À qui cela sert

Dans un couteau de cuisine en M390, on n’achète pas le tranchant, on achète l’intervalle entre deux affûtages. Si vous rattrapez votre couteau au fusil tous les jours, cet intervalle ne vous sert à rien, et vous le paierez deux fois : à la caisse, puis au moment d’affûter un acier à forte teneur en carbures.

Le Vanax a du sens là où le milieu est réellement agressif : sel, acide, humidité permanente. Dans une cuisine domestique, c’est le plus souvent la solution d’un problème qui n’existe pas.