Leçons de vie

La laisse se tient des deux côtés

Ce que nous possédons se met à exiger.

Une maison, il faut la réparer. Une voiture, l’entretenir. Une entreprise, la soutenir. Une réputation, la défendre. Une collection, la conserver. Même un beau jardin révèle assez vite un caractère administratif.

La possession donne du contrôle et crée en même temps de la dépendance.

Avant d’acquérir, il est utile de tenir compte non seulement du prix, mais aussi des obligations à venir :

  • l’entretien ;
  • le temps ;
  • le stockage ;
  • l’assurance ;
  • l’impossibilité de déménager vite ;
  • l’angoisse de la perte ;
  • les gens dont on dépend désormais.

Ce n’est pas un argument contre la propriété. Certaines choses élargissent la liberté : des outils, un logement, une réserve, un véhicule dans une région qui s’y prête.

Mais un objet acheté au nom de la liberté est capable d’occuper tout le temps qu’il faut pour l’entretenir.

La laisse se tient bel et bien des deux côtés. L’important est de savoir au moins qui promène qui en ce moment.

La maison de campagne est l’exemple le plus honnête. Achetée pour des week-ends au grand air, elle occupe deux ans plus tard les week-ends non par l’air, mais par le toit, la clôture, la pompe et la conversation avec celui qui avait promis de venir mercredi. On peut toujours s’y reposer, mais la fenêtre entre « on est arrivés » et « il faut faire quelque chose » s’est réduite au samedi matin. Formellement, le propriétaire décide s’il y va ou non. En fait, ne pas y aller pendant un mois, c’est arriver devant une liste plus longue.

La propriété enlève rarement la liberté tout entière. Elle enlève le droit à l’inaction : la chose continue de se dégrader pendant que le propriétaire est occupé ailleurs. La facture de la pause arrive plus tard, mais elle arrive.