La seconde vie des objets
Un objet neuf coûte particulièrement cher au moment où il cesse d’être neuf.
Après le premier déballage, le premier trajet ou la première rayure, une part considérable du prix s’évapore, alors que la fonction ne change presque pas. Qui achète d’occasion laisse quelqu’un d’autre payer ce passage.
Il est particulièrement raisonnable d’acheter d’occasion :
- les meubles en matériaux durs ;
- l’outillage ;
- le matériel de sport ;
- les livres ;
- la vaisselle ;
- les appareils qu’on peut tester ;
- les affaires d’enfant à durée d’usage courte.
La prudence s’impose là où comptent l’hygiène, l’usure invisible ou la sécurité : matelas, casques de protection, certains produits médicaux, pièces à l’historique inconnu.
Un objet d’occasion n’est pas toujours plus écologique qu’un neuf. Un vieux réfrigérateur peut consommer davantage, et la réparation d’un appareil rare exiger des pièces venues d’un autre continent. Mais allonger la durée de service réduit en général la production et les déchets.
Le même marché aide à se défaire du superflu.
Si un objet n’a pas servi depuis un an, ce n’est pas automatiquement une condamnation. Un outil saisonnier, des archives, des vêtements de fête et une réserve d’urgence peuvent attendre plus longtemps.
Il vaut la peine d’évaluer :
- la probabilité d’usage ;
- le coût d’un rachat ;
- la place de rangement ;
- la rapidité d’accès sur le marché de l’occasion ;
- la valeur affective ;
- les conséquences de son absence.
Le fatras, ce n’est pas tout objet rarement utilisé. Le fatras, c’est l’objet dont le coût de stockage dépasse déjà l’utilité attendue, mais dont la décision se remet indéfiniment.
La revente demande du temps, elle aussi. Il est parfois moins cher de donner, de recycler ou de jeter. Inutile de garder une cafetière cassée trois ans pour un gain éventuel de sept euros.
Le principal bénéfice, quand on se sépare d’un objet, n’est souvent pas l’argent, mais l’espace rendu et la disparition de l’obligation de s’en occuper un jour.
Le coût de stockage se calcule dès qu’on connaît le prix du mètre carré. Un débarras de trois mètres carrés coûte à peu près le même prix au mètre qu’une pièce ; en un an s’y accumule une somme pour laquelle tout son contenu se rachèterait deux fois. On y trouve d’ordinaire le carton d’un appareil qu’on ne peut plus retourner, des skis à la taille de quelqu’un d’autre, une perceuse achetée pour une seule étagère et un sac de sacs. Aucun objet ne vaut, à lui seul, qu’on s’en occupe — et c’est pour cela que la décision ne se prend pas.
Le fatras ne tient pas par avarice, mais par la petitesse de chaque décision prise séparément. Mieux vaut donc compter non les objets, mais l’étagère entière : elle a un prix, et on le paie tous les mois.