Différents, mais égaux
Le langage politique aime choisir entre deux extrêmes commodes : tous les hommes sont identiques, ou bien les différences donnent droit à une hiérarchie de dignité. Les gens sont effectivement différents — mais il n’en découle pas une inégalité des droits fondamentaux et de la valeur humaine.
Ils diffèrent par la taille, la santé, le tempérament, les aptitudes, l’expérience, les désirs et les conditions de départ. Hommes et femmes, en tant que groupes, peuvent différer sur certaines moyennes physiques et comportementales.
La difficulté surgit quand on utilise une moyenne comme biographie d’une personne précise.
Même un écart notable entre deux moyennes peut s’accompagner d’un large recouvrement des groupes. Connaître le sexe de quelqu’un ne permet pas de déterminer de façon fiable s’il conduit bien, apprend bien une langue, supporte bien le stress ou dirige bien un projet.
Il faut d’abord évaluer ce qui relève de la tâche :
- la compétence ;
- l’expérience ;
- le résultat ;
- la santé ;
- les exigences physiques ;
- la capacité d’apprendre.
L’appartenance à un groupe peut donner une information statistique préalable, mais elle remplace rarement une mesure directe.
L’égalité, elle aussi, a plusieurs sens.
Les gens ne sont pas égaux en possibilités, en besoins et en réalisations. Il n’en découle pas qu’ils doivent avoir des droits fondamentaux différents ou une valeur humaine différente.
L’égalité devant la loi ne signifie pas la même taille. L’égale possibilité de déposer une candidature ne garantit pas le même résultat. Une aide identique peut être insuffisante pour qui a un besoin plus grand.
Le débat sur l’égalité est donc presque vide de sens sans une précision :
Égalité de quoi ?
Des droits, des ressources, des chances, des résultats, du traitement ou de la dignité ?
Les différences rendent la coopération possible. L’un conçoit, l’autre construit, un troisième repère l’erreur que les deux premiers ne voient plus. Un monde peuplé de gens identiques ne serait pas seulement ennuyeux : il serait aussi assez mal entretenu.
Mais la diversité ne justifie pas l’humiliation. Une aptitude est plus utile pour une tâche et inutile pour une autre. Il n’en résulte aucune échelle générale de la qualité humaine.
Le respect n’exige pas de tenir tout le monde pour identique. Il exige de ne pas confondre la différence avec le droit de regarder de haut.
L’écart entre la moyenne et l’individu se vérifie d’un seul geste. Si le poste demande de soulever vingt-cinq kilos, on peut écarter la moitié des candidats selon leur groupe d’appartenance, ou bien leur demander de soulever vingt-cinq kilos. La seconde solution prend une minute, écarte exactement ceux qui n’y arrivent pas et écarte du même coup le grand gaillard avec une hernie récente que les moyennes recommandaient sans hésiter.
Les moyennes servent là où l’on ne peut pas mesurer : pour commander des vêtements de travail ou calculer la charge d’un ascenseur. Dès qu’une personne précise se tient devant vous, la vérification directe est presque toujours moins chère et plus exacte que les statistiques sur les gens qui lui ressemblent de l’extérieur.