C’est une fonction qu’il faut, pas un objet
Avant un achat, il est utile de se demander :
Quel problème cet objet doit-il résoudre ?
Non pas « est-ce que je veux une étagère », mais « qu’est-ce que je compte ranger, et comment ». Non pas « ai-je besoin d’une voiture », mais « quels trajets dois-je faire ». Non pas « me faut-il un nouvel ordinateur », mais « quel travail l’ancien empêche-t-il ».
Une fonction peut souvent s’obtenir de plusieurs façons :
- acheter ;
- louer ;
- emprunter ;
- commander une prestation ;
- utiliser un équipement partagé ;
- modifier le processus ;
- renoncer à la tâche elle-même.
La meilleure pièce est effectivement parfois la pièce absente — si sa fonction est assurée sans elle. Moins un système comporte d’éléments, moins il y a de pannes, d’entretien et de place de rangement.
Mais l’absence d’un objet a elle aussi un coût.
La vie sans voiture est excellente là où il y a des transports en commun, un logement abordable et un rythme de travail adapté. Ailleurs, la voiture peut n’être pas un luxe, mais une part de la mobilité de base.
Louer un outil est commode pour un seul chantier. En usage régulier, en posséder un revient moins cher et reste plus disponible.
Le but n’est donc pas d’avoir le moins d’objets possible, mais la construction minimale qui remplit de façon fiable les fonctions nécessaires.
Le coût complet d’un objet se compose :
- du prix d’achat ;
- de la livraison ;
- des consommables ;
- de l’entretien ;
- des réparations ;
- du stockage ;
- de l’assurance ;
- du temps d’apprentissage ;
- du coût de mise au rebut ;
- de la perte de souplesse.
Parfois un objet cher coûte moins cher à l’usage. Parfois un objet gratuit exige tant d’attention qu’il aurait fallu le laisser à son ancien propriétaire, avec ses bonnes intentions.
La formulation du problème change la réponse plus souvent qu’on ne le croit. Celui à qui « il faut une imprimante » a en général une dizaine de pages à imprimer par an : un contrat, une attestation, une carte d’embarquement. Une imprimante pour cet usage, ce sont des cartouches qui sèchent entre deux utilisations, de la place sur le bureau et une demi-heure passée à comprendre pourquoi elle n’apparaît de nouveau pas sur le réseau. Le magasin de reprographie d’à côté règle le même problème pour une somme qu’on ne compte même pas. En revanche, pour qui imprime dix pages par jour, ce même magasin engloutira une heure par semaine et toute la souplesse.
Un même objet se révèle raisonnable ou absurde en fonction non pas de l’objet, mais de la fréquence. La question « faut-il l’acheter » sans réponse à « combien de fois par an » n’est pas une question, c’est une invitation à un débat de goûts.