Leçons de vie

Des pièges à chance

Les récits de réussite se construisent d’ordinaire autour de l’effort et du caractère du héros. La chance, les conditions de départ et l’aide des autres rendent l’intrigue moins nette et disparaissent donc souvent au montage.

Or un résultat naît en général d’une combinaison : préparation, action, structure des occasions, décisions d’autrui et hasard.

On ne peut pas ordonner à la chance de venir. On peut augmenter le nombre d’endroits où elle peut nous croiser.

Pour cela, il est utile :

  • de rendre son travail visible ;
  • de rencontrer des gens hors de son cercle habituel ;
  • d’envoyer des candidatures ;
  • d’essayer de petits projets ;
  • de garder ses compétences en état de marche ;
  • de conserver une réserve qui permette de saisir une occasion.

Ce n’est pas la magie d’un « état d’esprit d’abondance ». La plupart des tentatives ne donneront de toute façon pas grand-chose. Mais celui qui n’apparaît nulle part est rarement choisi par hasard.

La chance sourit aux gens préparés, et ce n’est pas une question de morale. Simplement, celui qui n’est pas préparé ne reconnaît parfois même pas ce qui vient de se passer.

Mark Granovetter a interrogé des personnes ayant récemment changé d’emploi et a découvert qu’elles avaient plus souvent appris l’existence du poste non par des amis proches, mais par des connaissances qu’elles voyaient rarement. L’explication est ennuyeuse : les proches arpentent les mêmes couloirs et connaissent à peu près les mêmes nouvelles, tandis qu’une connaissance lointaine se trouve dans un autre bâtiment. Un piège à chance, ce n’est ni le charme ni la pensée positive, c’est le nombre de couloirs où l’on se souvient de vous.

D’où une conséquence désagréable : entretenir des liens faibles ressemble à une soirée perdue pour rien. Répondre à un courriel, passer à une rencontre professionnelle, garder de bonnes relations avec quelqu’un dont on n’a rien à attendre en ce moment — rien de tout cela ne se rentabilise sur le moment, et tout ne se rentabilise qu’après coup.