Leçons de vie

Une vie asymétrique

Chacun possède une combinaison de points forts, de limites, d’occasions et de risques.

Il n’y a pas eu de distribution équitable. L’un communique facilement et supporte mal l’incertitude. L’autre apprend vite mais décide lentement. Celui-ci a de l’argent et peu de temps, celui-là du temps et un faible accès à l’éducation.

Une stratégie utile ne cherche pas à ramener tous les indicateurs à la moyenne. Elle exploite l’asymétrie.

Un point fort peut compenser une faiblesse : une bonne organisation compense les oublis, l’écrit la difficulté à parler à l’improviste, un réseau de contacts le manque d’expérience propre, la prudence la lenteur de décision, et une compétence technique une piètre présentation de soi.

Une occasion peut réduire un risque. Une réserve d’argent permet de changer de travail. Un horaire souple, d’étudier. De bonnes relations, de demander de l’aide avant la crise.

La compensation ne doit pourtant pas masquer un défaut dangereux. Une excellente mémoire n’exempte pas d’un agenda si le prix d’une échéance manquée est élevé. Le charisme ne remplace pas la compétence là où une erreur peut causer un dommage.

Il n’est pas demandé d’être le meilleur en général. Ce classement n’existe pas.

Il suffit de bâtir une construction qui tienne avec ce dont on dispose réellement, et de ne pas concevoir sa vie pour quelqu’un doté d’un autre jeu de pièces.

L’asymétrie se voit à l’embauche. Un candidat parle très bien et sait faire peu de choses, un autre sait faire beaucoup et se tait en entretien. On conseille d’ordinaire au second d’apprendre à parler — il n’y parviendra pas en un mois. En revanche, il peut arriver avec l’analyse déjà faite d’un problème de l’entreprise, demander un test technique à la place de l’entretien, ou venir recommandé par quelqu’un qui a déjà dit à sa place tout ce qu’il fallait. Ce n’est pas contourner les règles, c’est utiliser le jeu de pièces dont on dispose.

Cette construction n’a qu’un point dangereux : la compensation ne doit pas couvrir un défaut à coût d’erreur élevé. Une bonne recommandation fait passer l’entretien, mais pas le premier trimestre, si rien ne la soutient.