Leçons de vie

Le premier au tableau

L’attente diminue rarement la peur. D’ordinaire, elle lui laisse le temps de préparer sa présentation.

Quand plusieurs personnes doivent accomplir la même action désagréable — prendre la parole, répondre, passer un entretien, rendre une épreuve pratique —, passer tôt se révèle souvent plus avantageux. On perd moins de temps en attente anxieuse, on a moins le loisir de loger dans sa tête les erreurs des autres, et l’examinateur n’est pas encore à bout de patience.

Ce n’est pas une loi universelle. À un examen, il est utile de tenir compte de sa propre préparation, du format et de la possibilité de voir le type de sujets. Dans une négociation, il est parfois plus raisonnable d’écouter les autres d’abord. Il existe des situations où l’ordre de passage apporte réellement de l’information utile.

Cela dit, l’habitude de toujours se cacher en fin de liste a un effet cumulatif. On n’évite pas seulement un moment désagréable, on s’entraîne à éviter les suivants.

Il est donc utile, de temps en temps, d’occuper volontairement une place visible :

  • poser la première question ;
  • montrer le premier brouillon ;
  • essayer le premier un nouvel outil ;
  • reconnaître le premier que la consigne est incompréhensible ;
  • aller le premier au tableau, quand le prix de l’erreur est faible.

Le courage apparaît rarement avant l’action. D’ordinaire, il arrive après et affirme qu’il était là depuis le début.

Le dentiste offre une expérience pure. Un rendez-vous à huit heures du matin et un rendez-vous à six heures du soir ne diffèrent pas par le soin, mais par les douze heures pendant lesquelles on transporte avec soi le fraisage à venir. Le travail du praticien est le même dans les deux cas. Ce qui diffère, c’est la durée de l’intervention dans la tête du patient, et c’est elle qu’on qualifie ensuite d’« atroce ». Toute conversation reportée présente la même facture : signaler une erreur lundi ou vendredi, c’est le même travail, mais pas la même semaine.

L’attente n’est pas gratuite, même si elle n’occupe rien dans l’agenda. Elle est débitée d’un autre compte — celui de l’attention, qui ce jour-là ne suffira plus pour tout le reste.