Un bon travail
Un bon travail se laisse mal définir par un seul critère.
Richard Hackman et Greg Oldham reliaient la motivation intrinsèque non pas à un unique « métier qu’on aime », mais à la structure du travail : variété des compétences, complétude de la tâche, importance de celle-ci, autonomie et retour d’information. Plus tard, Adam Grant a montré par une expérience de terrain que le contact avec des personnes réellement aidées par le travail pouvait accroître la persévérance et les résultats des employés.
Le sens ne se décrète pas par une formulation solennelle de la mission. Il devient plus convaincant quand le salarié voit une tâche entière, en comprend les conséquences et dispose d’assez d’autonomie pour considérer le résultat comme en partie sien.
Un salaire élevé ne compense pas tout. Une tâche intéressante n’annule pas un mauvais encadrement. L’utilité sociale ne donne pas le droit d’exploiter les employés. Des horaires commodes peuvent s’accompagner d’une impasse professionnelle.
Il vaut la peine d’évaluer plusieurs axes :
- le caractère suffisant de la rémunération ;
- le contenu des tâches ;
- la qualité de l’encadrement ;
- l’autonomie ;
- la progression ;
- la stabilité ;
- la charge ;
- les gens ;
- l’effet social ;
- la compatibilité avec le reste de la vie.
La combinaison idéale n’existera probablement pas. Il faut alors déterminer quels défauts sont acceptables aujourd’hui.
En début de carrière, on peut échanger une part de revenu contre de l’apprentissage. Après la naissance d’un enfant, une part d’ambition contre des horaires prévisibles. Plus tard, la stabilité contre l’autonomie.
Ce n’est pas de l’incohérence. C’est le problème qui a changé.
Un bon travail n’a pas à être un travail aimé. Il suffit qu’il soit honnête, à votre portée, suffisamment payé, non destructeur et compatible avec une part importante de votre vie.
Tout ce qui vient en plus est un sérieux avantage.
Si un travail vous prend la santé, la dignité et la possibilité de partir, un salaire élevé devient l’indemnité d’une sortie vendue par petits morceaux.
Les axes se vérifient par leurs échanges mutuels, pas séparément. Une offre payée un tiers au-dessus du marché signifie d’ordinaire qu’autre chose est nettement moins bon : les horaires, le chef, le secteur ou la durée de vie du poste lui-même. Ce n’est pas forcément un mauvais marché ; parfois c’est exactement l’échange dont on a besoin aujourd’hui. Le problème, c’est quand on ne sait pas ce qu’on a vendu et qu’un an plus tard on explique sa fatigue par sa propre faiblesse plutôt que par les conditions qu’on a soi-même acceptées.
Il est utile de nommer l’échange à voix haute au moment d’entrer en poste. Un « j’échange ceci contre cela, et pour telle durée » écrit une fois épargne plus tard de longues conversations avec soi-même sur son caractère.