Leçons de vie

Faire connaissance sans interrogatoire

À la première rencontre, on voudrait comprendre vite qui on a en face de soi.

Où la personne a grandi, ce qu’elle fait, ce qui l’intéresse, pourquoi elle a choisi ce métier, comment elle occupe son temps libre — tout cela aide à trouver des points communs.

Cela dit, les données biographiques ne sont pas un test psychologique fiable.

On a pu choisir son université sur le conseil de ses parents et devenir malgré tout, plus tard, maître de sa propre vie. On peut ne plus se rappeler l’intitulé exact de son diplôme après vingt ans de métier. Le niveau d’études des parents influence les conditions de départ, mais ne délivre pas à l’enfant un niveau de culture fixé d’avance.

Mieux vaut garder les premières conclusions légères.

Les bonnes questions pour faire connaissance n’exigent pas de rapport et laissent choisir la profondeur :

Comment tu as atterri dans ce métier ?

Qu’est-ce qui te plaît dedans ?

Tu fais quoi en dehors du travail ?

Tu habites cette ville depuis longtemps ?

Comment tu connais les hôtes ?

La réponse souffle la question suivante. La conversation devient naturelle quand on suit son intérêt au lieu d’essayer de remplir un questionnaire intérieur.

Il vaut la peine de remarquer aussi le mouvement inverse. Si l’un pose des questions depuis vingt minutes et que l’autre ne s’est pas enquis de lui une seule fois, cela peut signifier de la timidité, une habitude, un manque d’intérêt ou simplement une mauvaise soirée. Une rencontre ne suffit pas à poser un diagnostic, mais l’information est là.

Tout le monde n’aime pas les questions biographiques. Pour certains, la famille, les origines ou les études renvoient à une expérience douloureuse. Une question normale laisse la possibilité d’une réponse brève et d’un changement de sujet.

Le but d’une rencontre n’est pas de dresser un portrait de la personne en première approximation. Plutôt de savoir si on a envie d’en faire une deuxième.

La différence entre un questionnaire et une conversation s’entend à l’endroit d’où vient la question suivante. Si elle est née de la réponse — « et c’était quoi, le pire, sur ce chantier ? » — la conversation avance. Si la question suivante était prête d’avance et ne dépend pas de ce qui a été dit, l’interlocuteur se met vite à répondre plus court : on ne l’écoute pas, on remplit des cases. Un questionnaire peut se remplir sans interlocuteur — son CV y suffit.

Une question à laquelle on peut répondre d’un mot sans poursuivre est en général plus sûre qu’une question développée. Elle laisse le choix de la profondeur, et la profondeur choisie en apprend davantage qu’une réponse complète à une question directe sur la famille.