Leçons de vie

Le régime informationnel

L’information, la télévision et les réseaux sociaux ne contiennent pas « rien d’important du tout ».

C’est par eux que les gens apprennent les guerres, les lois, les épidémies, ce qui touche au travail, à la culture et à la vie de leurs amis. Le problème n’est pas le canal lui-même, mais le modèle de production de l’attention.

La plateforme a intérêt à ce que l’on revienne plus souvent et que l’on reste plus longtemps. Les émotions fortes retiennent mieux que l’analyse posée. Le fil montre donc surtout : des menaces, des conflits, de l’indignation, des événements inhabituels, de la comparaison sociale et de la matière qui confirme les réactions antérieures.

Cela déforme l’image du monde. Un événement rare, montré mille fois, se met à paraître quotidien. Une vie ordinaire et tranquille ne produit presque aucune nouvelle, précisément parce qu’il ne s’y est rien passé.

Le renoncement complet à l’information ne convient pas à tout le monde. On peut avoir besoin de connaître les évolutions de son métier, les règles locales, les menaces pour sa sécurité et les décisions de l’État.

Il est plus raisonnable de régler son alimentation :

  • choisir quelques sources ;
  • séparer l’information du commentaire ;
  • limiter le temps ;
  • couper les notifications inutiles ;
  • lire une synthèse plutôt qu’un fil continu ;
  • vérifier l’essentiel à la source ;
  • ne pas commencer ni finir la journée par un flux d’angoisse.

Les réseaux sociaux ne prouvent pas non plus le malheur de leurs utilisateurs. Les gens publient des photos pour des raisons variées : lien social, mémoire, travail, plaisir, habitude.

Mais un fil public édite presque inévitablement la vie. Nous comparons nos rushes complets à la sélection des bonnes prises des autres. C’est une compétition où le monteur gagne toujours.

Le meilleur critère est simple :

Après avoir utilisé ce canal, suis-je mieux informé, plus proche des gens ou capable d’agir ?

Si le résultat se résume à de l’irritation, de l’envie et quarante minutes évaporées, le canal remplit une autre fonction — mais pas pour vous.

Il est utile de se rappeler ce qui, parmi les lectures du mois passé, a modifié ne serait-ce qu’une action. On en trouve d’ordinaire deux ou trois : un changement de règles au travail, une date limite de dépôt de dossier, un vol annulé, le diagnostic d’un proche. Le reste, c’est de la matière consommée, à propos de laquelle on a éprouvé un sentiment et n’a rien fait, parce qu’il n’y avait rien à faire. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien savoir d’une guerre lointaine. Cela veut dire que la mise à jour quotidienne d’informations sur lesquelles on ne peut pas peser remplit une fonction non pas d’information, mais de rituel.

Le plus simple pour distinguer l’une de l’autre est la fréquence. Là où une vérification par semaine donne le même savoir que vingt vérifications par jour, dix-neuf servaient non pas la compréhension, mais l’angoisse.