Leçons de vie

Assurer l’insupportable

L’assurance est surtout utile là où l’événement est peu probable, mais où ses conséquences sont impossibles à payer tranquillement.

L’incendie d’une maison, une lourde responsabilité envers un tiers ou, dans certains systèmes, de gros frais médicaux peuvent anéantir des années d’épargne. Transférer une partie du risque à l’assureur a alors du sens.

Les dépenses petites et fréquentes reviennent souvent moins cher payées soi-même. Sinon, leur coût s’augmente de la gestion, de la commission et du bénéfice de l’assureur.

Ce n’est pas une règle universelle. Une assurance obligatoire peut répartir un risque collectif. Un contrat de service peut être avantageux pour qui tient à la prévisibilité de ses dépenses.

Avant d’acheter, il faut vérifier :

  • ce qui est couvert exactement ;
  • quelles sont les exclusions ;
  • le montant de la franchise ;
  • le plafond d’indemnisation ;
  • le délai de carence ;
  • la procédure de preuve du dommage ;
  • la réputation de l’assureur ;
  • si vous pouvez payer l’événement vous-même.

Ce qu’il est logique d’assurer, ce n’est pas l’objet, mais les conséquences de sa perte.

Un téléphone se remplace. Les données, le travail et l’accès aux comptes peuvent valoir bien plus que le téléphone lui-même.

L’assurance ne doit pas créer l’illusion que le risque a disparu. Elle ne change que la répartition de sa part financière.

Le test est simple : nommer la somme dont on peut supporter la perte en une journée sans rien changer à sa vie. Tout ce qui est en dessous revient d’ordinaire moins cher payé soi-même — pour un petit risque, on verse une prime dont on retranchera encore les frais et le bénéfice de l’assureur. Tout ce qui est au-dessus, voilà l’objet de l’assurance. En pratique, on fait l’inverse : on achète une garantie étendue sur des écouteurs et on ne souscrit pas de responsabilité civile envers les voisins du dessous, parce que les écouteurs sont concrets et tiennent dans la poche, tandis que les voisins restent théoriques jusqu’au premier tuyau qui éclate.

Il est utile de voir le contrat non comme un achat d’argent, mais comme l’achat d’une tranquillité d’une certaine taille — et de savoir d’avance où cette tranquillité s’arrête. Les exclusions et la franchise se lisent exactement une fois : soit avant la signature, soit après l’événement.